Sweet Memory -mémoires de thérapeute-

Mon ancien métier de thérapeute m’a donné l’occasion de côtoyer des personnes aux parcours de vie étonnants et remarquables. Et, comme d’autres praticiens, j’ai découvert à leur contact que nos patients peuvent aussi devenir nos enseignants.

Sweet Memory, mon dernier livre –roman en portraits– rassemble des souvenirs de cette période unique dans ma vie.

Quelle a été l’idée de départ à ton roman Sweet Memory ?

Au tout début, quand l’idée a pointé, je voulais explorer la relation patient-thérapeute. Non d’un point de vue médical ou psychologique, ce n’est pas mon rayon, mais dans une perspective littéraire et symbolique. La question qui m’a guidée était : « que peut-il se passer entre deux personnes tenant des rôles définis, dans un cadre temps précis -une heure-, dans un endroit déterminé : un cabinet de consultation ? »

Rapidement, il m’est apparu que le lieu et les rites de la consultation devenaient acteurs à part entière ; et que derrière le premier degré des rencontres soignants-soignés se cachaient d’autres enjeux bien plus incertains.

Les personnages sont-ils réels ?

Ils le sont d’une certaine façon. Je veux dire dans le sens où les grandes lignes de chaque histoire m’ont été relatées par des personnes réelles. Mais, par la magie de la littérature, ces personnes sont devenues des personnages. Si nous étions entre peintres, je dirais « des modèles ». J’ai puisé mon inspiration dans une part de l’histoire qu’ils me confiaient. Cela dit, mon but n’est pas et n’a jamais été de raconter des histoires de vie, mais de transpercer l’écran du quotidien pour entrevoir ce que les patients cachent aux thérapeutes, ce qu’ils se cachent à eux-mêmes… ce que nous cachons aux autres. Nos mensonges, en quelque sorte ; notre soumission au déterminisme de notre cerveau, à nos mémoires, lesquels, fatalement, nous égarent.

Pourquoi ou comment as-tu choisi ces personnages ?

J’ai dû « choisir » parmi 672 fiches patients. Dans un premier temps, ma liste était beaucoup plus longue parce que je ne voyais pas vraiment ce que j’allais écrire. J’étais encore trop près du réel. Mais j’ai pour habitude de ne pas me lancer dans l’écriture d’une seule ligne tant que les personnages n’ont pas commencé à me parler. Le premier à m’adresser la parole a été « L’homme qui dessinait des papillons ». Dans le monde réel, nous avons eu une relation beaucoup plus longue, riche et complexe que ce qui est écrit dans Sweet Memory. Cependant, l’homme m’a parlé et m’a dit : « Quel intérêt de raconter tout ça… Ce qu’il faut dire, c’est ce qui ne s’est pas réellement passé, ce qui aurait pu se passer, ce à côté de quoi nous sommes passés, parce que nous étions trop obnubilés par nos petites existences. » A partir de ce moment, j’ai su que le nombre des personnages devait être réduit (j’ai d’abord réduit à 12, puis à 9), et, du même coup, ma crainte initiale que les histoires s’enchaînent les unes aux autres dans une ronde lassante a disparu. Car avec 9 personnages et la mission que m’avait confiée monsieur F., l’architecture du « roman » m’est aussitôt apparue. Et, pour répondre à la question : je n’ai pas eu à choisir les personnages, ce sont eux qui sont venus spontanément. Et maintenant, je sais que cela ne pouvait être qu’eux et eux seuls.

Dans une de tes présentations de Sweet Memory, tu écris : « les patients enseignent aux soignants ». Que veux-tu dire ?

Je veux dire que cette relation patient-thérapeute sous-entend une hiérarchie et une répartition des rôles. On ne va pas chez un médecin, quelle que soit sa spécialité, pour établir soi-même un diagnostic, et éventuellement donner des soins. Le patient (comme son nom l’indique) est en situation d’attente, d’expectative et d’espérance. Cela a pour résultat de créer un besoin et des attentes qui parfois dépassent le « médecin ». Cela est vrai avec les disciplines en lien avec la psychologie, mais c’est vrai aussi pour le spécialiste de la médecine organique. En dehors de la technique professionnelle, cette pression possible est un des aspects les plus difficiles à gérer pour le thérapeute.

Alors, ce que je veux dire, c’est qu’il existe une autre manière d’envisager cette relation. Il ne s’agit pas, bien entendu, d’inverser les rôles, ce serait absurde ; il s’agit pour le thérapeute de réaliser qu’il n’est qu’une part de la résolution du problème (quelle qu’elle soit, la mort en étant une), et que la façon dont le patient va prendre en charge sa part personnelle est une source d’enseignement.

Que t’ont enseigné tes patients ?

Mes limites, pour commencer. Parce que moi, je ne savais pas où les placer. J’ai reçu une formation « sévère », où nos enseignants avaient coutume de dire : « si vous réussissez à soigner 50 % de vos malades, c’est que vous n’avez rien fait ; 60 à 70 %, c’est que vous êtes un praticien médiocre. Les authentiques praticiens sont ceux qui avoisinent les 90 % et les déraisonnables, ceux qui visent les 100 % ». J’avais très peur d’être en dessous de 80 %, auquel cas, je n’aurais servi à rien, qu’à prendre de l’argent à des personnes qui n’avaient pas toujours les moyens de se payer une médecine non conventionnée.

Donc, oui, mes patients m’ont enseigné mes limites. Mais beaucoup plus que cela : ils m’ont enseigné le courage, la patience ; certains m’ont enseigné la résignation, d’autres m’ont dévoilé leur vie ; ils m’ont offert ce joyau, ils m’ont initiée aux grands mystères de la guérison et de la mort. Quelques-uns m’ont enseigné l’amour, ce qui était pour moi une grande découverte, un étonnement… avant eux, je n’avais pas vraiment idée de ce que cela pouvait être, je confondais avec le sentiment éprouvé quand on désire quelqu’un.

Tu parles d’une double lecture possible. Peux-tu expliquer ?

Une autre lecture en perspective serait plus juste. Et cette autre lecture t’apparaîtra si tu prêtes attention aux détails contenus dans le texte.

Prenons l’exemple du cabinet. Il se situe au numéro 15 de la rue. Tu peux rapprocher ce 15 de la 15e lame du tarot des imagiers du moyen-âge. Et cela te donne une idée des buts de ce cabinet de consultation. Il est sis rue « Louis Blanc ». En guématrie « louisblanc » donne 108, et tu sauras alors ce qu’on pratique comme soins dans ce cabinet, car l’astrologie chinoise compte 36 étoiles bénéfiques et 72 étoiles maléfiques, leur somme constitue le chiffre sacré 108. Mais tu peux aussi prendre en considération que blanc est une des « couleurs » de l’œuvre alchimique. En continuant, tu apprends que l’immeuble se trouve dans une trame de ruelles qui est le reflet des filets des pêcheurs ; que le cabinet se trouve au 1er étage d’un immeuble qui en compte 3. Pas plus que 3. Si l’escalier est fait de tommettes provençales, c’est que celles-ci sont des figures à 6 côtés, et le texte te précise que certaines sont disjointes. Etc. Je pourrais souligner le vent qui remonte la ruelle, les jours de tempête. Ce n’est pas n’importe quel vent. En fait, tout le livre est construit sur ce principe. Si tu n’as pas ces connaissances, cela ne t’empêchera pas de lire le livre ni d’apprécier les histoires de vie de ces merveilleuses personnes. Mais si tu es un peu branché en symbolique, guématrie, alchimie, énergétique Traditionnelle chinoise… ce texte revêtira une autre signification pour toi. Et mon vœu est que tu y fasses tes propres découvertes.

A qui destines-tu ce livre ?

A tous les esprits curieux. Aux passionnés de la vie. Aux chercheurs d’or. Aux amoureux : ceux qui aiment l’autre au-delà de toute considération. Aux humbles. Aux réalistes. À ceux qui ne se contentent jamais des choses acquises. Mais principalement à ceux qui aiment, qui s’émerveillent, qui espèrent et aspirent à une vie plus vaste. À ceux qui se reconnaissent dans la souffrance des autres et qui partagent d’autant plus leurs fragiles moments de félicité. Tu vois, je n’emploie pas le mot « bonheur »… à dessein. Parmi ceux-là, certaines et certains sont « thérapeutes ». D’autres, un jour ou l’autre, sont « patients » ; tous, un jour ou l’autre, nous le sommes, et c’est pour nous, alors, que je me suis permis d’écrire Sweet Memory (nos plus beaux moments).

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