Pas bouillir (3/5) « Se construire dans un monde de ruines »

Ainsi, j’avais découvert deux informations réconfortantes. La première (voir article Pas Bouillir 1) : je n’étais pas un fétu de paille baladé au gré des vents, mais le ferme maillon d’une chaîne nommée Tradition. Seconde information (voir article Pas Bouillir 2) : je n’avais jamais été, contrairement à mes croyances, prisonnière d’un espace-temps insignifiant, mais au contraire résidente d’un espace-temps sacré. Deux révélations, lesquelles, malgré leur caractère magnifique, ne me permettaient toutefois pas de ressentir l’apaisement véritable que j’appelais de mes vœux.

Une question me tourmentait à présent : « Que faire de mon petit moi, de mon misérable ego, de cet amas glauque de croyances, de superstitions et de peurs mélangées ? Que faire de cet individu sans intérêt, avec son pathos, ses complexes à deux balles, ses aspirations dérisoires ? Comment me débarrasser de cette machine à dupliquer des scenarios accablants de banalité, à recracher un savoir de pacotille ? En bref, comment pactiser avec le guignol dégénéré que je retrouvais dans ma peau chaque matin à mon réveil ?

Durant mes chères études, j’avais appris que l’homme est constitué aussi bien d’énergie que de matière. Et loin de se limiter au concept galvaudé qui s’affiche partout de nos jours, l’énergie y était décrite comme un phénomène cartographié, décodé, ordonné. Je ne vais bien entendu pas entrer dans les détails et les explications, cela n’est pas le but de l’article (le but de l’article, je le répète, c’est faire en sorte de ne pas bouillir), aussi je vais te demander, cher lecteur, de concevoir au moins le temps de ta lecture que l’énergie ‒ ou plus justement les énergies ‒ innervent le corps humain en suivant des territoires que la langue française traduit par « méridiens ». Ces méridiens, invisibles à l’œil, ont des trajets parfaitement répertoriés dans les textes canoniques de l’antique médecine chinoise. Et, ultime simplification, ces méridiens s’abouchent deux à deux pour former des axes, six au total parcourant l’ensemble du corps. Mes chères études m’apprirent encore que si cinq de ces axes énergétiques sont opérationnels naturellement, l’un d’entre eux pour être complètement opérant doit être animé par la « volonté » (vir) propre de l’individu. Tu vois d’ici l’topo ? Résumons : si l’homme ne fait pas ce qu’il est censé faire en tant qu’être humain, une partie de lui-même restera à jamais inachevée. En d’autres termes, il traversera l’existence sans comprendre ce qu’il lui arrive, et passera de vie à trépas en n’ayant été que le brouillon de lui-même. Pas glop, non ?

Le croiras-tu ? Cette information m’a tarabusté la glie des jours et des nuits. Y a qu’à moi qu’ce genre de truc arrive.

Heureusement, la bonne déesse au vase jaillissant m’a envoyé de l’aide et c’est ainsi que j’ai fini par apprendre qu’il y avait moyen de faire quelque chose pour ce bon vieil axe énergétique.

Justement, parlons-en de cet axe énergétique.

Et commençons par l’appeler de son nom : Chao Yin. Dont la racine est dans les reins et dont la fleur s’épanouit au cœur. Chao Yin. La colonne verticale, la vertu dans l’Homme. l’Axe. L’échelle permettant de se soustraire à l’informe pour s’élever graduellement vers la lumière hyperboréenne. L’ascenseur vers l’étoile.

Ah, il est clair que voilà un programme bien différent de l’habituel plan de vie moderne. Une autre nature de préoccupation. Un petit pas de côté aussi, car force est de constater que ce ne sont pas les moyens mis à disposition par l’éducation nationale ou véhiculés par la culture moderne qui vont nous permettre d’avancer d’un cran. Va falloir farfouiller ailleurs. Identifier les outils dédiés à ce genre d’exercice.

Question numéro 1 : « Comment tisser la trame du Chao Yin ? » Réponses possibles : « Par la mise à l’écart du pathos individualiste et altruiste, la dépendance à la sentimentalité et en contrepartie par la recherche de la Vertu, le rétablissement du Cosmos, le raccordement au principe originel. » Bon. O.K. va falloir sortir le dictionnaire. Mais crénom de bonsoir… pourquoi pas ?

Question numéro 2 : « Comment construire un Chao Yin au milieu des ruines ? » Peut-être tout simplement en utilisant de bons vieux outils de construction… une planche à tracer, une règle, un compas, une équerre, etc. aboutissant à un plan harmonieux répondant aux formes platoniques et à la géométrie sacrée. Une idée cristalline et articulée dans le moindre détail, érigée à l’écart du désordre ambiant. Et puis l’action. L’action virile s’entend. Burin et maillet pour tailler les pierres dûment choisies, truelle pour les joints, fil à plomb et niveau pour monter des murs droits et solides, etc.

Ouais, va p’t-êt’falloir sortir le dictionnaire et même se donner un peu plus de mal que ça. Faire de la place en lâchant du lest. Virer par-dessus bord tout ce qui ne tient pas debout, même et surtout ce à quoi l’on tient (et qui nous tient). Va p’t-êt’falloir sortir de son cocon et prendre quelques risques si on ne veut pas finir bouilli tout à fait… Oui, mais c’est vrai qu’il fait sombre à l’extérieur de la marmite ; va falloir avancer à la lumière des étoiles, plus de fée électricité, plus de piles Wonder, plus de béquilles, que dis-je, de déambulateurs ! Du neuf, du neuf, rien que du 9 ! Mais je persiste à penser que ça vaut le coup… et puis entre nous, en admettant qu’ils la trouvent un jour, vous croyez qu’ils réussiront à faire bouillir une cathédrale ?

Cet article est dédié à Denise D. qui pour beaucoup d’entre nous a été porteuse de lumière

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