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Chaud ! Krill devant!

La satisfaction… ce n’est pas en principe le sentiment qu’un auteur-écrivain éprouve facilement. S’il ne marche pas à côté de ses pompes, il voit plutôt les points noirs de son « œuvre », ses abcès, ses furoncles ; il en mesure l’approximation, les creux, le vide… En règle générale, elle est plutôt là, sa destinée : mariner dans l’insatisfaction.

Mais peut-être que je ne parle ici que de moi-même, et de ma soif de toujours faire aujourd’hui mieux qu’hier…

Eh bien, le croirez-vous, pour une fois me voici satisfaite.

(Ici, on entend l’Alléluia de Haendel)

tout en admirant, hosannah! « La procession des anges » peint par Elisabeth Sonrel

Je tenais à le faire savoir, merdre, ce n’est pas tous les jours que ça m’arrive !

Et quel objet attise-t-il-t’y cette joie barbare et bestiale ?

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Chronique

Lettre à l’ami africain

Cher Marius,

De vous, je n’ai longtemps connu que les poèmes. Poèmes qui traduisent, comme vous le dites, vos sentiments personnels, votre propre vie et puis les douleurs et les peines des classes défavorisées. Des poèmes qui me pincent toujours le cœur, qui effleurent quelque chose de profond… l’esprit, qui sait ?

De vous, j’ai vite été curieuse. Il est si facile de nos jours d’abolir les distances grâce à la technologie, que nous avons pu facilement communiquer grâce à l’internet. J’ai senti dès nos premiers échanges que j’approchais un jeune homme réservé, et je dirais presque… rangé.

De vous, j’ai appris que vous êtes étudiant en deuxième année de philosophie à D’Jamena, et que vous habitez la région sud-est du Tchad, qu’on appelle Moyen Chari.

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Chronique

La peur de grandir

Je viens d’une époque ou grandir était synonyme de conquérir. Tout donnait l’impression de pouvoir encore être découvert. L’existence était sans limite, l’an 2000, à portée de main, un rêve, une folie, une perfection.

La sortie de l’enfance signait le début de la conquête, un défi qui donnait des ailes ou des crampes dans le ventre, les deux la plupart du temps. Et de cette tension intérieure jaillissait une formidable source d’inspiration.

On le savait, il ne fallait pas traîner chez ses parents. On les quittait vers dix-huit ans, avec trois culottes, une petite valise pour tout viatique. Passé le seuil de la maison paternelle, la vie nous ouvrait les bras. On partait ferrailler.

De là naissait nos croyances, nos représentations du monde et, en quelque sorte, nos destinées.

Tout cela, je viens seulement de le réaliser, car aujourd’hui plus rien n’est pareil.

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Luigi Mollo, poète

Mercredi 4 mars, campagne de « promotion » d’Adieu Amériques, j’ai rendez-vous avec Luigi Mollo, président de l’association l’Italie à Toulouse. « Monsieur Mollo lui aussi est écrivain », m’a glissé la secrétaire.

Aussitôt, je m’attends à rencontrer un napolitain aux tempes argentées, un érudit, un vieil homme aux allures aristocratiques désinvoltes, une espèce de monument flamboyant et insaisissable. Du lourd, pour le dire en un mot.

Moi, vous me connaissez : toujours sur les nerfs, à cran, fonçant à travers les immenses steppes de l’existence avec la légèreté du char d’assaut.

Quand Luigi Mollo est entré dans la pièce, j’ai eu l’impression d’arriver à fond dans une mer de sable. Trop tard pour me composer un personnage tout en retenue, féminin et délicat. D’ailleurs, quand on est l’auteur d’Adieu Amériques, tout espoir est perdu de ce côté-ci.

Donc, je suis restée nature, et là, j’ai eu une des plus étranges sensations : Luigi Mollo absorbait mes propos déments et grotesques avec une grâce quasi divine. Je l’ai quitté une heure plus tard, apaisée, état qui, chez moi, se rapproche plus du K.O. que de la béatitude.

Par la suite, j’ai découvert quelques écrits de Luigi, et j’ai élucidé une part de ce qui s’était passé lors de notre entrevue.

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Nos labyrinthes intérieurs

La première représentation connue d’un labyrinthe remonte au paléolithique, entre 3,3 millions d’années et 11 700 avant notre ère. Elle fut gravée par un de nos ancêtres, sur de l’ivoire de mammouth, en actuelle Sibérie.

Certaines images comme le cercle (représentant le soleil ou le ciel), le carré (représentant la terre), ou comme le svastika (qui indique un mouvement de rotation autour d’un centre immobile, symbole d’action, de cycle et de régénération perpétuelle) ont été retrouvées à l’identique aux quatre coins du monde.

Si l’essentiel de ces symboles les plus anciens semble être relié à la nature et aux cycles naturels, je n’ai pas l’impression qu’il en va de même pour le labyrinthe.

Tel que je l’ai perçu, appris et ressenti, le symbole du labyrinthe renvoie uniquement à l’Homme, à son expérience sensible d’un univers infini et inconnu.

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La mort à Naples

J’ai déjà évoqué la « mort napolitaine » dans un précédent article. Il me semble en effet que si l’on parle de Naples et des napolitains, on ne peut éviter longtemps le sujet. La mort tient à Naples autant de place que la vie… et parfois davantage.

Étrange passion dont l’origine pourrait remonter à l’antiquité, à l’époque où Naples prit le nom de Parthénope.

Ah, mais qui est Parthénope ?

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Premiers chagrins d’amour

Souvenez-vous ! Les premiers chagrins d’amour ne sont pas uniquement des love stories ayant mal tourné.

Au fond, l’amour, quand on est enfant, est beaucoup plus que ce qu’il devient plus tard, chez l’adulte.

Rappelez-vous un instant l’immensité de ce sentiment tel que vous avez commencé à l’éprouver. Jusqu’à ce qu’il soit formaté, l’amour est sans limites et éternel. Comme chante Zachary Richard : quand j’aime un jour, j’aime pour toujours.

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Articles

Le monde perdu d’Adieu Amériques

Il faut du temps pour réaliser que l’époque dans laquelle nous avons grandi est révolue, que ce monde n’est pas une image figée, mais au contraire une rivière dont l’eau ne cesse de couler.

Le temps nécessaire à cette prise de conscience s’appelle l’âge, que par force, on rebaptise un jour vieillesse.

Toutes ces choses, ces objets, ces sensations qui ont nourri notre enfance, ce monde fantastique, vivant, palpitant que nous avons découvert avec émerveillement finit par se transformer en une page du passé, un air d’autrefois.

« Cet air est-il encore audible aujourd’hui ? »

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Presse

Article La Provence du 19 janvier 2020

Le premier article écrit sur Adieu Amériques. Signé Mario Albano, fan de littérature et Grand Reporter Sportif (« monsieur O.M »). Un chroniqueur réellement passionné par le roman dont il n’a pas sauté une seule ligne, et cela se sent dans son enthousiasme.

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Articles Expérience

Une expérience de groupe en devenir : Collectif 15

Le 15 mars 2020, 15 auteurs bouclent un recueil de 15 nouvelles sur un thème commun: La lecture et l’enfant. Ce recueil intitulé Premières Lectures sera rendu public 15 jours plus tard sur la plate-forme de lecture libre en ligne : monbestseller.com

On pourrait évidemment considérer ce recueil comme l’aboutissement d’une rencontre par un travail collectif, mais je pense pour ma part que ce petit livre n’est rien de cela.

De mon point de vue, ce petit livre est une étape dans un processus.

Certes, en parler sur ce ton ne rend pas la chose sexy.

Eh bien, peu m’en chaut.

Oui, peut m’en chaut, car de mon point de vue de membre, ce Collectif a mieux à faire que plaire, intriguer, passionner. Nous ne sommes résolument pas dans une tentative de rapprochement feel good entre personnes bien décidées à attaquer le box-office ; tentatives telles qu’on les voit fleurir dans les réseaux sociauxet dont le propos à peine masqué est de mettre en commun des potentiels d’auteurs pour mieux escalader les marches du Top 10 et vendre plus de livres.

Alors voici quel est mon retour d’expérience de Collectif 15 :

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Expérience

Dans la peau de Najjar Hassen

Il était une fois un pays désenchanté après une révolution manquée…

C’est ainsi que pourrait démarrer l’histoire de Salem, jeune facteur, arraché à son sommeil par un étrange cauchemar.
« Le Royaume de la Liberté » raconte la quête initiatique d’un jeune Tunisien destiné à retrouver son identité dans une société bouleversée.

Du 18 décembre 2019 au 25 février 2020, j’ai eu l’impression de vivre à la fois dans ma tête et dans celle d’un autre.

Pour mémoire : le 17 décembre je découvre sur monbestseller.com (grâce au traducteur Google!) un auteur Tunisien à la recherche d’un francophone disposé à traduire son livre Le royaume de la Liberté. Après quelques transactions orchestrées par Google, il s’avère que si Hassen a des difficultés à écrire le français, il le comprend parfaitement et connaît ses classiques. Il est donc en mesure de transcrire, même très approximativement, son texte.

Aussitôt, je lui propose un test dans le but de vérifier si je suis en mesure d’adapter son livre à partir de ses “notes”.

Le 18 décembre, le test est concluant et notre collaboration démarre et, aujourd’hui, vous pouvez lire Le royaume de la Liberté.

La mission

C’est un texte dont j’ignore tout en dehors de la ligne directrice ; un texte que je découvre chaque matin, et que je me suis engagée à mettre dans le “meilleur français possible”.

Dès le premier jour, je prends conscience des contours de cette mission particulière et de la stratégie que je vais devoir adopter pour la mener à bien :

En premier lieu accepter le texte tel qu’il est, tel que je le découvre page après page.

C’est un saut dans l’inconnu, car je ne connais pas Hassen. Seule mon intuition m’a guidée vers lui. Je comprends alors que je vais devoir épouser non seulement la forme d’un texte, ses développements mais surtout l’idéologie qu’il véhicule, et sans savoir jusqu’au mot fin où tout cela me mène.

Ensuite, évoluer dans le texte sans letransformer.

Ce qui se révèle plus difficile que prévu, car la tournure linguistique de Hassen et ses références sont arabes et les miennes latines. Sa façon de concevoir l’espace narratif, l’articulation des temps, par exemple, est totalement différente de la mienne. Je ressens confusément qu’il existe dans la langue arabe une circulation de la pensée qui m’est étrangère. Heureusement (mais c’était une condition essentielle), Hassen comprend et lit parfaitement le français qu’il a appris en seconde langue. C’est donc lui qui arbitre, qui valide, répond à mes interrogations.

Suspendre toute forme de jugement envers le texte et l’histoire. Museler la critique pour garder ouvert devant moi l’espace et l’énergie de la création.

Suivre le processus au pas du moine. Laisser le texte devenir le seul maître. L’expérience serait différente si j’avais connu le texte fini dès le départ, comme c’est le cas dans une traduction classique. Mais l’expérience aurait été moins bouleversante. Là, je me trouve en terre inconnue, sans carte, avec pour unique boussole la confiance réciproque entre moi-même et un auteur et un texte totalement inconnus.

Dans la peau de Hassen

Pendant 36 jours (que dire de plus devant la beauté d’un pareil nombre?) je vis “dans la peau de Hassen”. Je préfère dire “peau” plutôt que “tête”, car ce que je ressens alors est bel et bien physique : comme une sorte de déplacement, une implication de l’être physique. Nous sommes unis dans le même effort.

Mon travail s’apparente à une adaptation plus qu’à une traduction puisque je ne parle pas arabe et que le texte qui m’est transmis est rédigé dans un français certes approximatif, mais qui reflète précisément la forme que l’auteur veut le voir revêtir dans cette langue. Ce qui pourrait être pris de prime abord comme une facilitation ne l’est pas, si l’on y regarde bien. Car il ne s’agit non pas de traduire librement un texte d’après sa propre connaissance de la langue originale, mais de permettre à un auteur de langue étrangère de matérialiser d’idée qu’il se fait de son texte. Une espère de second accouchement à travers deux corps étrangers…

Sentir cette présence en soi est troublant, et je m’avoue bien incapable de mieux décrire et définir ce trouble. L’idée de “déplacement” s’impose. C’est comme se chercher à travers quelqu’un d’autre, un étranger ou chercher cet étranger en soi à travers l’expérience littéraire. Expérience troublante.

Dès lors, il devient indispensable, je dirais presque vital de dessiner les contours de cette présence.

L’isoler pour mieux la cerner, pour pouvoir me dire : ici c’est le territoire de Hassen -son mental, sa culture, son histoire,etc.- et là-bas, c’est moi. Comment vais-je faire pour parvenir jusqu’à son territoire ? Comment déchiffrer sa carte, l’utiliser pour parvenir sur son territoire et le décrire à ma façon ?

Prêter ma voix

Finalement, je dirais qu’adapter ce texte aura été comme prêter ma voix et mes mots à l’autre, afin qu’il puisse s’exprimer dans ma langue -pour lui à moitié étrangère-, quand de la sienne je ne connais rien.

“Suggérer” une forme possible est très différent de “traduire” un texte. Dans le premier cas, il ne saurait être question d’appropriation.

Mais ce processus complexe qui consiste à mettre sa voix au service d’un autre (au cinéma, on parlerait de doublage) oblige à recenser ses propres ressources pour discerner celles qui peuvent et doivent être offertes à l’autre. Celles qui le concernent, le caractérisent. Celles qui serviront le mieux son but.

C’est donner en s’effaçant.

Étrange exercice auquel je ne m’attendais pas. Travail de fouilles, de récapitulation. Énorme travail de l’imaginaire pour percer l’imaginaire d’un auteur dont on ignore absolument tout, hormis les phrases parfois claires, parfois déconcertantes qu’on reçoit chaque matin pendant 36 jours consécutifs.

Aller chercher ce texte si loin, ce fut pour moi comme conquérir ma propre écriture.

Un chemin de crête

Le plus difficile aura été de rencontrer la main de l’auteur (celle qui écrit) dans toute cette obscurité. Travail en aveugle. C’est ainsi que je qualifierais l’expérience. Avancer à tâtons dans les mots.

Mais surtout être tous sens en alerte, car le risque majeur est de traduire sa propre histoire. Il faut sentir sous ses pied le chemin de crête et s’y maintenir. Ne pas être pris par le vertige et tomber d’un côté dans la version de l’auteur, parsemées de chausse-trappes, de faux-amis, d’impropriétés, etc. Mais ne pas succomber au charme de ses propres abysses au risque de réécrire l’histoire à sa façon.

Je crois que le jour de ma plus belle joie et de ma plus grande crainte a été celui où Hassen m’a dit : C’est comme si tu avais toi-même écrit le texte.

J’ai alors ressenti la joie d’avoir bien servi mon frère en écriture et la panique de l’avoir trahi.