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#Ecrire à propos d’une double culture (première partie)

Drôle de formule, j’en conviens. Peut-on écrire à propos d’une double culture ? N’est-ce pas plutôt la double culture qui s’écrit à travers nous ?

Je suis née en France, mais seulement un quart de « sang français » coule dans mes veines, le reste est pour moitié napolitain, pour un quart piémontais. Le quart français restant est cévenol (et avec l’histoire qu’on lui connaît, la Cévennes est une bien drôle de France…). Bref, disons qu’il m’a fallu composer avec le cou roide cévenol et le baroque napolitain. D’une part, le sec, le revêche, l’intransigeant, le rigide, le besogneux ; de l’autre l’extravagant, le baroque, l’halluciné, le volcanique napolitain, et le je-ne-sais-quoi piémontais, car, de ce morceau de famille, il ne fallait jamais faire mention. Silence du « côté napolitain », parce que le Piémont italien, c’est presque la France, donc terre étrangère e chi se ne frega, et silence du « côté français » parce que le Piémont italien est une terre de bouseux méprisables dont on aurait voulu effacer toute trace.

Nous y voilà.

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Vivre dans une société sans cou…

Ah, ah, ah ! Je vous voir arriver… une société sans cou…

J’aurais aussi bien pu intituler ce billet « Vivre dans une société sans con… » ou carrément « sans c… », mais la liste serait alors si longue que ce serait vous inviter à la noyade.

C’est fou à quel point est élevé le nombre des mots de la langue française commençant par c.

C’est donc après les avoir tous épluchés dans mon Robert que j’ai opté pour « cou… », car j’ai trouvé dans la liste un petit trésor.

Alors, allons y en 9 rounds :

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Un chemin qui a du cœur

Il paraît que tous les chemins se valent et que de toute manière, ils ne mènent nulle part.

C’est en tout cas ce que prétend Don Juan, le mentor et sorcier Yaqui notoire mis en scène par Carlos Castaneda dans son œuvre littéraire.

La suite de la citation est : « Par conséquent, choisis un chemin qui a du Cœur ! »

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A la poursuite de la « Note Bleue »

Il n’y a qu’une seule raison d’écrire, le reste n’est que faux prétextes. Cette raison, c’est la poursuite de la « Note Bleue ».

Les autres arguments, la plupart du temps non conscients et/ou non assumés, et n’ayant rien à voir avec l’acte d’écrire sont : une façon de passer le temps, de se distraire, d’apporter quelque chose aux autres ou de partager quelque chose avec eux ; l’espoir de célébrité ; une stratégie -assez hasardeuse- de faire de l’argent, etc.

Non, n’en déplaise à l’engouement actuel pour la démocratisation de l’écriture, à la dictature des réseaux dits sociaux, tous ces arguments fallacieux n’ont aucun lien avec la littérature pour la simple raison qu’on peut atteindre tout ces buts par de multiples autres moyens.

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Le monde parallèle

Un carrelage noir et blanc comme un damier recouvrait le sol de l’entrée de l’immeuble où habitait ma grand-mère. J’avais décrété une loi suprême interdisant à quiconque de fouler les carreaux blancs.

En ma présence, personne n’était autorisé à marcher sur un des carreaux blancs qui s’étendaient entre la porte d’entrée et la première marche de l’escalier qui conduisait aux deux étages que comptait l’habitation.

Les carreaux noirs étaient bons et magiques, y poser le pied -je m’en souviens encore- procurait une sensation mystérieuse et excitante, ce qui n’arrivait jamais quand on posait le pied sur un des pernicieux carreaux blancs. Traverser le hall sans tenir compte du pavé, comme l’appelait ma grand-mère, aurait été à mes yeux non seulement une pure hérésie, mais c’était surtout courir le risque fou d’être déquillé par un des perfides carreaux blancs.

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#Écrire à propos du père

C’est en me réveillant ce matin que j’ai entendu cette injonction : « Ma grosse (ou ma belle, ch’sais pus), lève-toi, marche jusqu’à la machine à café, verse-t’en un, et va rédiger #ecrireapropos… du père. Il faut dire que je m’étais endormie, hier au soir, en demandant à mon inconscient de choisir pour moi le thème de mon prochain article.

Voilà, c’est fait.

Sacré inconscient.

Et aussitôt l’œil ouvert, je n’ai pas pu m’empêcher de repenser ou plutôt de réentendre la chanson de Jim Morrison, « The End ». Father I want to kill you… Et je me suis demandé pourquoi.

Pourquoi faudrait-il tuer le père ? Pourquoi faudrait-il baiser la mère (c’est la suite de la chanson) ?

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Ecrire, c’est comme broder… un peu

Il y a des mots, des expressions qu’on ne dit plus couramment de nos jours, ou qu’on n’ose plus prononcer, car ils peuvent faire de nous des gens démodés, trahir notre âge, dire qu’on a assez vécu. Pffft ! Place aux suivants.

Il est plutôt rare de nos jours d’entendre dire d’un auteur qu’il a « brodé un roman ». Expression à la surface de laquelle surnage un petit air méprisant. Il y a dans cette « broderie » l’idée que l’auteur en rajoute, s’arrange avec l’histoire, ou pire rallonge, délaye, s’éloigne du cœur de l’intrigue. Écrivain ayant tendance à « broder ». Si on lit cela dans un commentaire, on hésite sur le sens à donner. Sauf si l’on est du Sude de la Frânce, où, là, peuchère, on sait, ce que ça veut dire « Oh, gari, tu broderais pas un peu sur les bords ? ». D’ailleurs, on dirait plutôt « Oh, gari, là je crois que tu bromèges* ! »

Enfin, bref, moi ce n’est pas du tout du tout ainsi que je vois la chose.

Écrire, c’est comme broder. Broder au tambour de préférence.

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L’interview de Catarina

Cet interview est extraite du Dossier de Presse téléchargeable en fin d’article.

De quoi parle Le temps des cerises ?

Au premier degré, Le temps des cerises raconte une vengeance.

Quarante ans plus tard, Louise retrouve fortuitement son « ennemie de classe » de l’école primaire : Marie-Odile Altier. La tragédie de son enfance remonte alors à la surface de sa mémoire et Louise décide de se venger des torts qui lui ont été fait, ainsi qu’à sa famille, et également à toute une époque, toute une façon de vivre ; à une classe sociale dans son ensemble : la classe ouvrière.

Le temps des cerises parle abondamment de ce monde disparu, de ses valeurs, de ses espérances. L’action se déroule dans une espèce de bâtisse vétuste : La Bambolina. C’est là qu’habitent six familles d’ouvriers partageant bonheur et misère. Un soir, Louise surprend une conversation entre ses parents où il est question de la mort de madame Altier, la mère de Marie-Odile. Quel mystère entoure cette mort ? Louise devra attendre neuf ans avant de le savoir, autant d’années durant lesquelles, après l’effondrement de la Bambolina, elle assistera à la destruction de sa propre famille.

Derrière la tragédie, il y a un homme : Pierre Altier, promoteur véreux, maffieux fratricide ‒ et plus encore ‒, qui a décidé de détruire une communauté et les membres qui la composent.

Quel est son univers littéraire ?

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Une histoire de vengeance et… de lutte des classes

On a tous en nous le souvenir d’une maison qui a marqué notre enfance. Maison de nos parents, grands-parents, de nos vacances… Maison sur la lande, abandonnée, ou hantée, dans les bois, au sommet de la colline, elle est devenue le décor de nos fantasmes, l’écrin de nos rêves et parfois de nos cauchemars.

Gamine, je passais quotidiennement devant une espèce de grande piaule à moitié délabrée. Ma mère me tirait par la main pour m’obliger à accélérer le pas. On allait toujours trop vite pour que je puisse gaffer, le temps de me faire une idée de ce qu’il se passait là-dedans. « Ce qu’ils font ne nous regarde pas. » Le seul commentaire que j’arrivais à arracher à ma mère me rendait la chose mystérieuse et troublante. Plus elle me tirait le bras, plus je voulais découvrir qui habitait là, dans ces presque ruines ; et ce qu’il s’y tramait.

Pour finir, je n’ai jamais su.

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# Écrire à propos de l’Afrique

Il a plu, une pluie de mousson, sur le terminus des cars d’une grande ville d’Afrique. Le stationnement et les chemins qui y mènent sont en terre battue. L’eau qui a versé du ciel à peine trente minutes plus tôt a rempli les nombreux nids de poule. Aux creux des trous, une vase imprégnée des détritus jetés par les badauds commence à fermenter et dégage une odeur putride. La chaleur est palpable, l’humidité est à couper au coteau, la respiration est pénible, ma chemise est à tordre. Et la vie trépidante des marchands ambulants et des passagers est à peine ralentie, il fait chaud et l’on s’en fout. Il y a qu’à boire, ma sœur ! Ce qui ne tue pas rend plus fort !

Jour de marché à Dapaong (Togo). Un griot en arrière-plan chante une information publique. Photographie de Marianne Leuriaux

Le pare-brise de mon camion est l’écran de mes souvenirs heureux. En arrière-scène défile la forêt boréale, monotone comme la pluie d’automne. Les souvenirs sont comme une bûche qu’on dépose dans l’âtre, ils réchauffent le cœur et son odeur… l’âme. Comment faire pour écrire à des milliers de lieues de son sujet ?

Comme tu sais si bien le faire, Catarina, ma sœur : il faut chérir ses souvenirs, les bichonner, les idéaliser, les travestir aussi. Mémoire gravée, effilée cent fois, mille fois jusqu’à ce qu’elle devienne tranchante comme la lame du katana.

Chasseur de Mandouri (Togo). Jour de fantasia. Photographie de Marianne Leuriaux

Voici, grande sœur, la recette d’auteur que j’essaie humblement de suivre : Prendre de grosses poignées de souvenirs, y mettre le ferment de la solitude, laisser gonfler. Pour accélérer le processus, ajoutez les enzymes de l’ennui. Puis laisser divaguer jusqu’à ce que le tout devienne chimère. Pétrir la pâte ainsi obtenue et façonner de la manière désirée. Éviter les gâteaux trop mielleux, les décorations narcissiques, ethnocentriques, messianiques. Laisser monter en bouche les saveurs subtiles, les évocations fines, tout est question de dosage. Bref, cuisiner santé…

Alors, l’Afrique se reconstruit sur des routes bordées de sapins. Du bouclier canadien, aux prairies, aux rocheuses, la route transcanadienne est longue. Elle favorise l’émergence des pensées erratiques. Il ne reste plus qu’à les rendre cohérentes.

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Guy Saint-Onge signe un texte « L’envers de l’Or Vert » à lire ici

Retrouvez les articles #ecrireapropos de

Nadine Lamaison, Laurence Labbé, Laure Gombault, Chris Simon, Emmanuelle Pesqué

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# Ecrire à propos de la nature

Il suffit d’imaginer la vie que menaient nos lointains ancêtres, aux temps des différentes humanités, pour réaliser à quel point le monde que nous habitons est artificiel. A mesure que nous nous éloignons de Cro-Magnon, nous transformons l’idée que nous nous faisons de la nature, à tel point qu’aujourd’hui chacun s’en fait une représentation personnelle.

Pour certains auteurs, la nature est un décor, un cadre ; pour d’autres un obstacle, prétexte au dépassement de soi ; pour d’autres encore un espace à conquérir… la liste est longue, sans compter ceux qui ne lui réservent aucune place particulière.

Pour moi, la nature est un personnage à part entière.

C’est ce que j’ai voulu signifier en débutant mon roman Adieu Amériques ainsi :

« Et puis, l’été nous tenait sous sa coupe. »

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#Écrire à propos… du surnaturel

Voilà, le plus dur est fait. Ton roman est ficelé, pesé et prêt pour la livraison. Tout y est : somptueuse couverture, quatrième à tomber à la renverse ; j’te cause même pas du contenu aux oignons grelots, corrigé et recorrigé. Reste plus qu’à…

…trouver son genre et son sous-genre.

Roman, oui, d’accord, mais ensuite ?

Évidemment, si dès le départ, tu t’es fixé comme but de publier un Feel-good, ou une Romance, ou un Polar ; si ton histoire se déroule dans le futur, ou dans un passé daté, voire dans un monde totalement imaginaire, la tâche sera aisée. Idem si tu as créé un espion, ou un vampire, ou si tes primo-lecteurs sont tous morts de rire en lisant ton premier paragraphe. Bref, si avant même de poser les premier mots de ton histoire tu avais déjà décidé de son genre littéraire, le positionnement de ton livre se fera the fingers in the nose. Une simple formalité.

Mais si, au contraire, pour écrire ton histoire, tu es parti de la vie… La vie, mais oui, tu sais bien : le vivant, la substance mystérieuse, la destinée, le hasard, le karma, la Providence, blablabla, ce truc inouï, grouillant, imprévisible, étonnant et par nature hautement improbable, alors là… alors là… Diantre und diabolus !… C’est la grosse panade pour trouver dans quelle rubrique de recherche classer ton nouveau livre.

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Écrire : une question de souffle

à Marijo, Serge, Bernard, François et les autres.

Quelles sont sur le parquet, ces traces sombres qui n’y étaient pas auparavant ? Il m’avait fallu un moment avant de comprendre que c’était du sang.

Non ! Pas du sang, mais mon sang.

Le sang de mes petits petons.

Sur le coup, on ne sent rien, c’est après… après la douche, quand on veut enfiler ses santiags. Là, on se dit que ça va être coton pour rejoindre ses pénates. Et l’on n’est pas déçu. Après la brûlure viendront les ampoules. Pas les petites ampoules de bébé, non, les maousses. François rigole en loucedé : « C’est ça, ma jolie ! Au kendo, on commence par se refaire la peau de la plante des pieds ». Il me donne l’astuce pour les mégas-ampoules à venir : les transpercer de part en part avec un fil de couturière passé dans une aiguille.

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Ce n’est pas parce qu’on ne sait pas écrire qu’il faut s’interdire de « faire » des livres

Le titre de ce billet d’humeur est librement inspiré d’un navet sorti sur les écrans courant 1975, réalisé par Jacques Besnard : Ce n’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule.

1975… je vous parle d’un temps où les vaches étaient bien gardées (c’est un billet de d’humeur (mauvaise), je précise ! ) : les lecteurs lisaient les écrivains qui écrivaient et qui lisaient aussi beaucoup, becôse, l’écriture commence par la lecture… enfin… commençait. Mais aujourd’hui, nous sommes en 2021, l’année où Gallimard l’aura envoyé emballé dans du papier hallu : « N’en expédiez plus, la corbeille est pleine ! »

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La fin du livre… le triomphe de la soupe en boite

Andy Warhol était-il cynique, opportuniste ou clairvoyant en proposant sa toile « Boites de Soupe Campbell » comme œuvre d’Art ?

Que voyons-nous sur ce tableau ? Une série (un copié-collé) de boites de soupe, autrement dit un produit industriel destiné à nourrir les masses.

À cette époque, bien entendu, le terme copié-collé n’avait pas de sens, en tout cas, pas celui que l’on connaît aujourd’hui. En quelques années, cette pratique est devenue la trame de notre quotidien.

Allez n’importe où en France (ou ailleurs), d’une ville l’autre, vous trouverez les mêmes boutiques. Vous pouvez choisir un vêtement à Montpellier, et l’acheter à Lille ou à Strasbourg. Mais cela, c’était il y a vingt ans. Je vous parle d’un temps… Aujourd’hui, tout est plus simple : on va sur l’Internet où des magasins de vente en ligne nous proposent des articles tous semblables, à peu de choses près. Les boites de soupe Campbell auraient-elles envahi notre espace quotidien ?

Ce qui est arrivé aux objets a fini par se propager à la production artistique. Je laisse à d’autres le soin de s’exprimer sur les arts picturaux, la musique, le cinéma, etc. Je vais m’en tenir à mon rayon : le livre (remarquez que je n’ai pas employé le terme littérature)

Alors, qu’est devenu le livre ?

Je crois ne pas m’égarer si j’affirme qu’il est devenu l’égal d’une « soupe en boite ».

Prenons le temps de le regarder en détail, et commençons à décrire ce qui se voit en premier :

La couverture.

Attractive, voilà ce qu’elle doit être. La couverture du monde d’avant, monochrome la plupart du temps, mentionnant seulement le nom de l’auteur, le titre et l’éditeur s’est transformée en quelques années en une sorte d’affiche publicitaire.

On la travaille comme on travaille le packaging d’objets manufacturés.

À chaque style de livre son iconographie qui varie avec l’air du temps : La romance et ses images d’Épinal du bonheur. Le feel good et ses couleurs acidulées, son look kawaï. La comédie et ses illustrations décalées, limite déjantées. L’histoire de vampires, fantômes & Co et ses couleurs gotiques. La Fan Fiction et ses compositions bizarroïdes, baroques. Etc.

Un étal de livres est aujourd’hui une mosaïque criarde, une sorte de cacophonie visuelle.

Sur la couverture : le titre.

Ici encore, on attend un titre accrocheur, vendeur, qui impacte immédiatement la libido du lecteur. La phrase fait recette, surtout si elle sonne comme le slogan d’une pochette surprise.

Arrivée à ce point, je me demande si l’on parle toujours du livre tel qu’on l’a connu par le passé. Et n’allez surtout pas voir là une idée personnelle, car c’est l’observation stricte de l’existant.

où l’on découvre que Gallimard doute de son image

Enfin, le 4e de couverture

Bref. Retournons l’objet afin de découvrir son fameux 4e de couverture. Nous parle-t-on du livre, de ce qu’il renferme, d’un contenu ? Eh bien, non. Ou plutôt si, mais pas réellement. Là aussi, il existe des règles pour qu’un 4e — qu’on lira en définitive parce que la couverture n’a pas fait mouche ! – détermine l’acte d’achat.

Ce 4e doit parler non pas du livre, mais de ce que le lecteur éprouvera en lisant le livre. Il s’agit là d’un glissement sémantique parfois d’une confondante naïveté, parfois plus subtil. La lecture du 4e de couve, doit vous donner l’impression d’être déjà dans le livre. Cette présentation doit vous rassurer (vous ne serez qu’à peine dépaysé), et vous persuader que ne pas acheter le livre serait une erreur. (Cela me rappelle les camelots des marchés de mon enfance qui vendaient des ustensiles de cuisine miraculeux, de la vaisselle incassable, des chiffons aspirant la poussière… rien que de la magie.) Parfois le 4e du livre machin pourrait se trouver sur celle du livre truc que le lecteur n’y verrait que du feu. Et qu’importe d’ailleurs, puisqu’il n’est pas là pour lire un ouvrage de littérature, mais pour éprouver des émotions. Ne dit-on pas ici et là : « ce livre m’a fait du bien ! », « j’ai beaucoup ri ! », « je n’ai plus pu le lâcher ! », « je l’ai dévoré ! », « je me suis senti-e si proche du personnage, comme si j’avais été happé-e par son histoire ! », etc. Et ne trouve-t-on pas cela naturel ? Alors qu’on devrait plutôt soulever les sourcils jusqu’à la racine des cheveux ?

Ah, mais oui, suis-je niaise… le divertissement !

Lire est devenu un divertissement (au même titre que regarder la télé, écouter la radio, aller au spectacle, voyager [sic]).

« Mais ce sont bien là des divertissements, non ? » vous entends-je éructer.

Certes… certes…

Diantre… diantre…

Diable ! Diable !

Excusez-moi. Je m’égare. Ce sont les nerfs, je crois bien. Je vais prendre mes gouttes et je reviens à vous dans une seconde.

Voili, voilà. Me revoilou.

Et dans ce lilivre donc, quoi que nous avons-nous ?

Une histoire,

allez, j’abrège : une histoire/convenue.

selon les cas : navrante de bêtise, étonnante d’invraisemblance, touchante de mièvrerie, stupéfiante de culot — mention spéciale pour tout ce qui touche au développement personnel —, drôle comme une émission télé, mouillante comme un porno soft, abrutissante de bons sentiments.

Et là, tant pis pour les ennemis que je vais me faire tant chez les lecteurs que chez les auteurs, mais il faut que je pose la question qui tue :

Un livre est-il fait pour raconter une histoire ? Même un roman ?

Eh bien, mes cadets, mes p’tits frères, mes sœurettes, au risque de vous surprendre la réponse est NON. La nature profonde d’un livre, disons un roman au sens très large n’est pas une histoire, elle est même tout sauf cela. La nature profonde d’un roman est couleur, lumière, chant, son, voyages intérieurs, style, images, respiration, métamorphoses, souffle, palpitation, changement de perception… tout sauf l’infâme soupe Campbell.

Alors, question : le livre a-t-il la moindre chance de survivre à la torture qu’on lui fait subir ?

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Un beau roman. Une belle histoire -à l’écart des maisons d’édition-

Nous avons tous rêvé un jour de voir nos textes édités à compte d’éditeur.

Pour certains, ce rêve s’est concrétisé.

Si pour quelques uns, le rêve a pris forme, pour l’immense majorité, il a tourné court ; pour une infime partie il a même viré au cauchemar…

Mais quelle que soit la tournure prise par les événements, il est une constante à laquelle aucun auteur, heureux ou malheureux, ne peut se soustraire : éditer à compte d’éditeur implique de se départir de tous droits sur son texte.

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Mets ton masque, Lolita

Eh bien oui, j’avoue. Je n’avais encore jamais lu Lolita. Et finalement, je suis enchantée de ne découvrir ce texte qu’en 2020. Non seulement après « me too », après « le Matzneff nouveau », après les innombrables procès pédophiles, etc. Mais surtout après le confinement, le déconfinement et juste avant le reconfinement et le re-re, et après la censure sur les réseaux sociaux et ailleurs, le couvre-feu au-delà de 21 heures dans les villes, etc., etc. En bref, après la mise sous cloche de la société.

Tous ces éléments réunis m’ont poussée à exhumer un questionnement qui m’a longtemps obsédée dans ma prime jeunesse, mais que les contingences de la vie m’avaient fait un peu oublier : à quoi ressemblerait une contre-culture littéraire aujourd’hui ? Est-elle encore possible ?

À quoi ressemblerait une contre-culture littéraire dans le monde actuel ?

J’ai cru apercevoir quelques pistes de réponses à travers ma lecture de Lolita.

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La « BD Blanche » de Sol Ferrières

Il est dans la nature d’un auteur de nous entraîner dans son univers. C’est ce que fait Sol Ferrières avec ses deux romans « L’éclat de verre » et « Un certain Arthur Kramm « . Mais il fait plus, beaucoup, infiniment plus.

Si, comme moi, vous aimez le dessin, la bande dessinée, mais que la seule chose que vous réussissez à dessiner c’est le bonhomme patate… vous allez vivre avec les romans de Sol Ferrières une expérience pas ordinaire. Vous allez pouvoir concevoir, au moins dans votre tête, une BD unique, la vôtre. Ouvrez le livre et laissez s’éveiller l’illustrateur qui sommeille en vous.

« Le point commun entre mes nombreuses expériences professionnelles et personnelles m’a longtemps échappé, mais j’ai fini par le trouver : c’est le rapport entre l’écriture et l’image. Le mot écrit dans son rapport à l’image me fascine. »

Alors de quoi s’agit-il ?

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Chaud ! Krill devant!

La satisfaction… ce n’est pas en principe le sentiment qu’un auteur-écrivain éprouve facilement. S’il ne marche pas à côté de ses pompes, il voit plutôt les points noirs de son « œuvre », ses abcès, ses furoncles ; il en mesure l’approximation, les creux, le vide… En règle générale, elle est plutôt là, sa destinée : mariner dans l’insatisfaction.

Mais peut-être que je ne parle ici que de moi-même, et de ma soif de toujours faire aujourd’hui mieux qu’hier…

Eh bien, le croirez-vous, pour une fois me voici satisfaite.

(Ici, on entend l’Alléluia de Haendel)

tout en admirant, hosannah! « La procession des anges » peint par Elisabeth Sonrel

Je tenais à le faire savoir, merdre, ce n’est pas tous les jours que ça m’arrive !

Et quel objet attise-t-il-t’y cette joie barbare et bestiale ?

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Lettre à l’ami africain

Cher Marius,

De vous, je n’ai longtemps connu que les poèmes. Poèmes qui traduisent, comme vous le dites, vos sentiments personnels, votre propre vie et puis les douleurs et les peines des classes défavorisées. Des poèmes qui me pincent toujours le cœur, qui effleurent quelque chose de profond… l’esprit, qui sait ?

De vous, j’ai vite été curieuse. Il est si facile de nos jours d’abolir les distances grâce à la technologie, que nous avons pu facilement communiquer grâce à l’internet. J’ai senti dès nos premiers échanges que j’approchais un jeune homme réservé, et je dirais presque… rangé.

De vous, j’ai appris que vous êtes étudiant en deuxième année de philosophie à D’Jamena, et que vous habitez la région sud-est du Tchad, qu’on appelle Moyen Chari.

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La peur de grandir

Je viens d’une époque ou grandir était synonyme de conquérir. Tout donnait l’impression de pouvoir encore être découvert. L’existence était sans limite, l’an 2000, à portée de main, un rêve, une folie, une perfection.

La sortie de l’enfance signait le début de la conquête, un défi qui donnait des ailes ou des crampes dans le ventre, les deux la plupart du temps. Et de cette tension intérieure jaillissait une formidable source d’inspiration.

On le savait, il ne fallait pas traîner chez ses parents. On les quittait vers dix-huit ans, avec trois culottes, une petite valise pour tout viatique. Passé le seuil de la maison paternelle, la vie nous ouvrait les bras. On partait ferrailler.

De là naissait nos croyances, nos représentations du monde et, en quelque sorte, nos destinées.

Tout cela, je viens seulement de le réaliser, car aujourd’hui plus rien n’est pareil.

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Luigi Mollo, poète

Mercredi 4 mars, campagne de « promotion » d’Adieu Amériques, j’ai rendez-vous avec Luigi Mollo, président de l’association l’Italie à Toulouse. « Monsieur Mollo lui aussi est écrivain », m’a glissé la secrétaire.

Aussitôt, je m’attends à rencontrer un napolitain aux tempes argentées, un érudit, un vieil homme aux allures aristocratiques désinvoltes, une espèce de monument flamboyant et insaisissable. Du lourd, pour le dire en un mot.

Moi, vous me connaissez : toujours sur les nerfs, à cran, fonçant à travers les immenses steppes de l’existence avec la légèreté du char d’assaut.

Quand Luigi Mollo est entré dans la pièce, j’ai eu l’impression d’arriver à fond dans une mer de sable. Trop tard pour me composer un personnage tout en retenue, féminin et délicat. D’ailleurs, quand on est l’auteur d’Adieu Amériques, tout espoir est perdu de ce côté-ci.

Donc, je suis restée nature, et là, j’ai eu une des plus étranges sensations : Luigi Mollo absorbait mes propos déments et grotesques avec une grâce quasi divine. Je l’ai quitté une heure plus tard, apaisée, état qui, chez moi, se rapproche plus du K.O. que de la béatitude.

Par la suite, j’ai découvert quelques écrits de Luigi, et j’ai élucidé une part de ce qui s’était passé lors de notre entrevue.

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Nos labyrinthes intérieurs

La première représentation connue d’un labyrinthe remonte au paléolithique, entre 3,3 millions d’années et 11 700 avant notre ère. Elle fut gravée par un de nos ancêtres, sur de l’ivoire de mammouth, en actuelle Sibérie.

Certaines images comme le cercle (représentant le soleil ou le ciel), le carré (représentant la terre), ou comme le svastika (qui indique un mouvement de rotation autour d’un centre immobile, symbole d’action, de cycle et de régénération perpétuelle) ont été retrouvées à l’identique aux quatre coins du monde.

Si l’essentiel de ces symboles les plus anciens semble être relié à la nature et aux cycles naturels, je n’ai pas l’impression qu’il en va de même pour le labyrinthe.

Tel que je l’ai perçu, appris et ressenti, le symbole du labyrinthe renvoie uniquement à l’Homme, à son expérience sensible d’un univers infini et inconnu.

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La mort à Naples

J’ai déjà évoqué la « mort napolitaine » dans un précédent article. Il me semble en effet que si l’on parle de Naples et des napolitains, on ne peut éviter longtemps le sujet. La mort tient à Naples autant de place que la vie… et parfois davantage.

Étrange passion dont l’origine pourrait remonter à l’antiquité, à l’époque où Naples prit le nom de Parthénope.

Ah, mais qui est Parthénope ?

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Premiers chagrins d’amour

Souvenez-vous ! Les premiers chagrins d’amour ne sont pas uniquement des love stories ayant mal tourné.

Au fond, l’amour, quand on est enfant, est beaucoup plus que ce qu’il devient plus tard, chez l’adulte.

Rappelez-vous un instant l’immensité de ce sentiment tel que vous avez commencé à l’éprouver. Jusqu’à ce qu’il soit formaté, l’amour est sans limites et éternel. Comme chante Richard Desjardin : quand j’aime un jour, j’aime pour toujours.

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Le monde perdu d’Adieu Amériques

Il faut du temps pour réaliser que l’époque dans laquelle nous avons grandi est révolue, que ce monde n’est pas une image figée, mais au contraire une rivière dont l’eau ne cesse de couler.

Le temps nécessaire à cette prise de conscience s’appelle l’âge, que par force, on rebaptise un jour vieillesse.

Toutes ces choses, ces objets, ces sensations qui ont nourri notre enfance, ce monde fantastique, vivant, palpitant que nous avons découvert avec émerveillement finit par se transformer en une page du passé, un air d’autrefois.

« Cet air est-il encore audible aujourd’hui ? »

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« Adieu Amériques » chroniqué par La Provence

Le premier article écrit sur Adieu Amériques. Signé Mario Albano, fan de littérature et Grand Reporter Sportif (« monsieur O.M »). Un chroniqueur réellement passionné par le roman dont il n’a pas sauté une seule ligne, et cela se sent dans son enthousiasme.