# Ecrire à propos de la nature

Il suffit d’imaginer la vie que menaient nos lointains ancêtres, aux temps des différentes humanités, pour réaliser à quel point le monde que nous habitons est artificiel. A mesure que nous nous éloignons de Cro-Magnon, nous transformons l’idée que nous nous faisons de la nature, à tel point qu’aujourd’hui chacun s’en fait une représentation personnelle.

Pour certains auteurs, la nature est un décor, un cadre ; pour d’autres un obstacle, prétexte au dépassement de soi ; pour d’autres encore un espace à conquérir… la liste est longue, sans compter ceux qui ne lui réservent aucune place particulière.

Pour moi, la nature est un personnage à part entière.

C’est ce que j’ai voulu signifier en débutant mon roman Adieu Amériques ainsi :

« Et puis, l’été nous tenait sous sa coupe. »

en espérant que le lecteur entendrait le message : ce roman est avant toute chose le récit d’une saison, l’été. La rencontre d’un espace défini par sa nature avec le temps cyclique. Les petits hommes qui s’y agitent, s’y convulsent, ne sont que des marionnettes. Leurs vies, même dans les moments les plus tragiques, sont au plus comiques, sinon dérisoires. Adieu Amériques est une histoire qui se joue d’un été, l’autre. Et à la fin, c’est l’été qui gagne, évidemment.

C’est dans ce sens que je conçois les choses : de la nature vers l’homme. Certes, cela peut paraître surprenant, car, en général, on nous a appris à penser dans l’autre sens. L’homme et ses tribulations d’abord, et ensuite, seulement, la nature.

Dans Adieu Amériques, c’est la nature qui annonce les bouleversements à venir dans la vie des personnages 

C’est la nature qui détient les clés de la Connaissance 

« J’atteignis bientôt un verger où une brise marine dérobait les derniers pétales aux fleurs d’amandiers, et je m’assis dans la lumière bleue et l’or des pissenlits, baignée du parfum des fenouils sauvages. Je posai ma tête lourde contre le tronc d’un arbre et fermai les yeux pour que le soleil dessine des fresques sacrées sur mes paupières. »

C’est la nature qui enseigne. Elle est l’ancêtre dépositaire de toutes les mémoires 

« Il me sembla entendre une bourrasque courir à travers le jardin, lécher la façade, chercher à pénétrer dans la cuisine par les interstices des volets. Je crus même que ce souffle en provenance de la mer portait un message. Je l’entendais se lamenter : Chitemmuort, chitemmuort. Je crus reconnaître un avertissement, une incitation à démissionner sans délai, à fuir cette folie. »

En elle se retrouve la consolation, l’espérance, la foi dans l’éternel retour

C’est la nature qui officie dans les moments les plus sacrés de l’existence

« J’avais le sentiment que nous venions d’être bénies. Nous avancions vers la mer et le ciel confondus, vers le bleu pur. »

Elle qui inspire le désir de vivre ; le désir tout court

« Dans le fracas des cigales et de l’ennui, j’écoutais la mer palpiter, je sentais son souffle frais venir jusqu’à moi comme une caresse. J’imaginais son miroitement sous l’éclat du soleil, sa douceur, l’enivrante sensation d’être accueillie en elle, et je sentis alors monter en moi l’envie de hurler. »

Adieu Amériques se clôt sur une scène qui serait simplement dramatique (voire pathétique) et surtout définitive si la nature omniprésente n’ouvrait devant Anna les portes de la révélation mystique.

« Tout baignait dans une paix sans contour et un merveilleux silence. La lumière du matin semblait une eau immobile et verticale. Les roches ocrées frémissaient de teintes changeantes. La première décision de ma vie était devant moi et me tendait les bras. »

Retrouvez les articles #ecrireapropos de

Laurence Labbé, Laure Gombault, Chris Simon

5 commentaires sur « # Ecrire à propos de la nature »

  1. C’est vraiment intéressant de lire et découvrir les ressorts de votre écriture. Je vous remercie de votre invitation, et j’y participerai avec plaisir dès que j’aurai un peu de temps.

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