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Lettre à l’ami africain

Cher Marius,

De vous, je n’ai longtemps connu que les poèmes. Poèmes qui traduisent, comme vous le dites, vos sentiments personnels, votre propre vie et puis les douleurs et les peines des classes défavorisées. Des poèmes qui me pincent toujours le cœur, qui effleurent quelque chose de profond… l’esprit, qui sait ?

De vous, j’ai vite été curieuse. Il est si facile de nos jours d’abolir les distances grâce à la technologie, que nous avons pu facilement communiquer grâce à l’internet. J’ai senti dès nos premiers échanges que j’approchais un jeune homme réservé, et je dirais presque… rangé.

De vous, j’ai appris que vous êtes étudiant en deuxième année de philosophie à D’Jamena, et que vous habitez la région sud-est du Tchad, qu’on appelle Moyen Chari.

Le Chari… je n’avais même pas connaissance de l’existence d’un endroit nommé Chari.

J’ai donc fait des recherches à partir de notre célèbre moteur de recherche et les premiers résultats qui me sont revenus m’ont prise au dépourvu : quelques cartes géographiques désuètes, de rares photos de réunions entre notables du coin, un défilé de militaires en campagne, armes au poing et… des femmes à plateaux.

Je suis restée plusieurs jours, plongée dans une interrogation sans fond. Pendant ce temps, je tentais vainement d’éduquer mon moteur de recherche pour qu’il sorte le Moyen Chari du 19ème siècle où l’information l’avait enterré. Il m’aura fallu insister pour que disparaissent les femmes à plateaux au profit de quelques informations plus actuelles. Mais votre pays, mon ami, reste résolument enfermé dans le mystère, comme si on voulait l’effacer.

C’est en partie pour cela que je trouve vos poésies inestimables : elles nous rappellent que dans ces contrées inconnues, méprisées de l’occident, des femmes et des hommes, des animaux, une nature couvent sous les cendres.

Pour des gens comme moi, vous avez, mon ami, allumé les lumières du Moyen Chari qui peu à peu se dessine dans mon esprit, et, se dessinant, réveille une très ancienne mémoire.

Une mémoire, elle aussi sous les cendres,

si l’on se tait vraiment, on sent qu’elle frémit encore.

Je parle d’une mémoire des premiers temps de l’Homme, notre mémoire à tous, nous tous qui venons d’Afrique.

Une mémoire, comme une très ancienne musique, que vous savez ressusciter de quelques mots.

Bien à vous,

Catarina

Marius Youssouf

Poème 17, du recueil Espérance, terre sahélienne

 Avancer

 Sorti de l’abîme et du néant
 Je cherche à me construire
 En effaçant ce qui peut me nuire
 Qui peut me rendre défaillant
 
 Je pense au passé et je me dis :
 « Tu peux faire mieux encore
 Il te suffit  
 D’être un peu plus ambitieux »
 
 Je souris à l’aube qui se lève
 Je me réjouis de la clarté de sa lumière
 Alors monte vers le Très-Haut mes prières :
 Que l’aurore soit une nouvelle sève
 
 « Tu peux faire mieux » : c’est la phrase magique
 Qui me donne une grande énergie
 Pour avancer dans la vie
 Et faire des choses magnifiques
 
 « Avancer » est ma grande devise
 Bien sûr ! en sachant où je vais
 En ayant conscience de ce que je fais
 En voyant bien quelle cible je vise
 
 Le soir venu, assis à ma porte
 Je fais le compte de ma journée :
 Est-ce que la grâce a surabondé ?
 Face à tout, mon âme a-t-elle été plus forte ?
 
 J’entre dans ma chambre en silence
 Je parle en sourdine à l’Ami intérieur
 Qui n’est autre que l’Hôte supérieur
 Avec Lui j’évalue mon niveau de vaillance
  
 Vaillance, parce qu’il y a eu combat
 Combat, lutte, c’est le lot de ma vie
 Et merveille ! je m’en sors dans tous les cas
 
 Le cœur battant, j’essaye d’avancer
 Pluie, vent, soleil, chaleur ne m’arrêtent pas
 Moins encore tous les coup-bas
 Mes problèmes, je suis né pour les dépasser
 
 Enfin, quand s’éteindra mon soleil
 J’aimerais être à ma porte et avec sourire
 Ouvrir les bras pour accueillir
 Mon frère l’éternel sommeil. 

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6 réponses sur « Lettre à l’ami africain »

« Un jour, tu brilleras ». Par cette petite expression, cher Marius, je t’encourage dans tes efforts, le travail auquel tu t’es abandonné. Aujourd’hui, ça porte du fruit ! Chère Catarina, cher Marius, le monde a besoin des gens comme vous.  » N’arrêtez pas les oeuvres de vos mains « .

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