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Chronique

Alliance de Marie Berchoud

J’ai lu Alliance de Marie Berchoud

Marie Berchoud

une écriture incisive au service d’un esprit affûté

ISBN-13 : 979-1026236375 – 202 pages – prix 13,90€ ici

Je ne sais pas ce qui me fait fuir le plus loin quand je lis “histoire d’amour” (je ne parle même pas de romance, parce que là, déjà, je me suis esbignée depuis longtemps).
Est-ce le mot amour qui me file des impatiences ? amur ? ou carrément Amour puisque nous sommes à la mode du a majuscule. Vous savez, cette majuscule qui vous prévient qu’ici on ne badine pas, on est trois étages plus haut que le vulgus pecum.
Ou serait-ce seulement le mot “histoire” ? Parce qu’alors là, j’ai de suite l’impression qu’on me l’a déjà racontée moult fois et qu’elle n’est pas très originale.
Bref, vous l’aurez compris, “l’histoire d’amour”, c’est pas mon truc.
Alors quand mon pote me dit : « Lis Berchoud. Lis Alliance ! » j’ai comme un flottement dans la direction.
Mais la nana (la Berchoud) on dirait qu’elle sait manier le Bic 4 couleurs. Du coup, je m’y colle.
Alors, voilà, Marie je vous le fais à ma façon (rustique).


Marie, chère enfant, ne me refaites plus jamais une couverture avec colombe et petit cœur en ruban rose, et deuxio ne me recommencez jamais un synopsis par « Juin 2014, rencontre d’Hugo et Sonia. Ces deux ex-enfants brisés réussiront-ils à être heureux ensemble ? »
Why ? Parce que là, chère, ma chère, j’ai déjà fui aux antipodes et j’ai raté un truc. Ça vous fait peut-être une belle jambe de m’avoir fait fuir ; mais moi, pauvre de moi, pauvre lectrice, est-ce que vous pensez un peu à moi ? Je m’en serais voulu de ne pas avoir lu votre livre. Beaucoup, beaucoup.
Autant vous le dire, j’ai tout aimé dans Alliance. Je dis bien : tout.
J’ai aimé vous voir slalomer entre tous les poncifs du genre qui me filent des boutons gros comme des assiettes à dessert.
Alléluia, Marie, vous m’avez fait grâce de la fameuse rencontre romantique.
Grâce vous soient rendues également pour avoir évité de vous enliser dans le questionnement qui (me) tue : pourquoi lui/elle justement, et pas quelqu’un d’autre.
Mes remerciements pour avoir ignoré les scènes bucoliques genre pique-nique entre amoureux, soir au restau, dîner aux chandelles, coupe de champagne sur la banquette arrière des limousines, baiser au soleil couchant.
Merci d’avoir fait l’économie des scènes érotiques qui font peut-être mouiller leur auteur, mais me noient dans un étang d’ennui.
Je vous sais gré d’avoir viré tous les grigris de la fameuse Love Story : les sous-vêtements, les souvenirs, les lieux cultes, et tout le bataclan.
Un merci encore plus grand de ne pas être tombée dans les clichés sociaux qui me révulsent (même si le gars Hugo est médecin, vous avez bien récupéré le coup en le présentant à travers ses valeurs humaines, et sans en faire trop non plus.)
Merci aussi de ne pas avoir cherché à faire fantasmer le lecteur sur vos personnages. C’est horripilant de vouloir rendre les personnages sympathiques, attendrissants, fragiles mais au fond pas tant que ça. Les personnages sont ce qu’ils sont et basta.
Quel soulagement de ne pas avoir dû me farcir le questionnement parmi les plus navrants : mais que lui trouvait-elle au fond ? L’avait-elle aimé parce qu’il était beau, ou riche, ou puissant, ou pauvre, ou précisément parce qu’il était lui-même et avait ce charme indéfinissable qui rend les gens unique. Idem dans l’autre sens : mais que lui trouvait-il au fond, etc.
Et alors là où vous avez fait fort, très fort (entre nous j’ai vraiment eu peur de la peau de banane) c’est de choisir deux cabossés de la vie et de les laisser filer ensemble. Là, chère Marie, j’ai vraiment eu les chocottes. Parce que l’amour qui répare les cœurs brisés, les corps brisés, les espoirs brisés… me les brise menu en matière de poncif. Ben non, encore une fois, vous vous tirez de là avec brio. Mais je n’en dirais pas plus, car c’est (pour moi du moins) l’originalité de votre roman, la marque de votre sagacité, de l’acuité de votre pensée, en un mot : votre talent d’écrivaine.
Écrivaine, ben oui, fallait bien finir en apothéose.
La vache. Quelle écriture. Ah, dis donc… vous avez dû en vider des Bic 4 couleurs pour en arriver là. C’est peu dire que l’écriture colle à l’histoire car elle fait plus, beaucoup plus : elle la révèle, la sous-tend. C’est elle, l’écriture, qui crée la tension du texte, qui trace les entrelacs de l’histoire, nous perd en même temps que Sonia se perd, se révèle à peine, s’enfonce plus profondément, resurgit au moment où ne l’attend pas. Ça se passe comme ça : « Lorsqu’elle a commencé l’extraction du minerai de sa mémoire, ça sortait brut, à peine compréhensible voire pas du tout, l’horreur. Syntaxe bafouée ou ignorée au profit d’une autre, désarticulée, mots et images grimaçants. »
Vous avez réussi à parler d’amour en évitant tous les pièges de la vulgarité et des poncifs du genre. Vous vous êtes coltiné des personnages sur le fil du rasoir, au risque de vous péter la gueule en beauté, mais vous aviez la formule magique : « il n’y a pas de mauvais souvenirs, que des souvenirs mal racontés. »
Merci, Marie.

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