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La Newsletter de février 2025

On aime les évidences. On les répète, on les adopte, elles deviennent notre vérité. Un artiste doit être rebelle. Un grand texte est forcément une « grande » histoire. Ces idées sont séduisantes, mais sont-elles justes ?
Ce mois-ci, Mary et Catarina décortiquent ces dogmes et les mettent à l’épreuve. La rébellion est-elle encore un moteur de création, ou un simple label marketing? L’envergure d’un texte vient-elle de son sujet, ou d’autre chose ?
Bienvenue dans une newsletter qui ne fait pas que poser des questions… mais qui secoue les réponses.

L’article de Mary

Parution le 8 février 2025

L’article de Catarina

Parution le 22 février 2025

“Je fus sauvé par un chat” de Romain Gary extrait de « La Promesse de l’aube » (1960) 

“Son museau apparut brusquement devant moi entre les bûches, et nous nous regardâmes un instant avec étonnement. C’était un incroyable matou pelé, galeux, couleur de marmelade d’oranges, aux oreilles en lambeaux et avec une de ces mines moustachues, patibulaires et renseignées que les vieux matons finissent par acquérir à force d’expériences riches et variées.

Il me regarda attentivement, après quoi, sans hésiter, il se mit à me lécher la figure.

Je n’avais aucune illusion sur les mobiles de cette soudaine affection.

J’avais encore des parcelles de gâteau au pavot répandues sur mes joues et mon menton, collées par mes larmes. Ces caresses étaient strictement intéressées. Mais cela m’était égal. La sensation de cette langue râpeuse et chaude sur mon visage me fit sourire de délice – je fermai les yeux et me laissai faire – pas plus à ce moment-là que plus tard, au cours de mon existence, je n’ai cherché savoir ce qu’il y avait, exactement, derrière les marques d’affection qu’on me prodiguait. Ce qui comptait, c’est qu’il y avait là un museau amical et une langue chaude et appliquée qui allait et venait sur ma figure avec toutes les apparences de la tendresse et de la compassion.

Il ne m’en faut pas davantage pour être heureux 

Lorsque le matou eut fini ses épanchements, je me sentis beaucoup mieux. Le monde offrait encore des possibilités et des amitiés qu’il n’était pas possible de négliger. Le chat se frottait à présent contre mon visage, en ronronnant. J’essayai d’imiter son ronron, et nous eûmes une pinte de bon temps, en ronronnant, tous les deux, à qui mieux mieux. Je ramassai les miettes du gâteau au fond de ma poche et les lui offris. Il se montra intéressé   et s’appuya contre mon nez, la queue raide.

Il me mordit l’oreille. Bref la  vie valait à nouveau la peine d’être vécue. Cinq minutes plus tard, je grimpais hors de mon édifice de bois et me dirigeais vers la maison, les mains dans les poches en sifflotant, le chat sur mes talons.

  j’ai toujours pensé depuis qu’il vaut mieux avoir quelques miettes de gâteau sur soi, dans la vie, si on veut être aimé d’une manière vraiment désintéressée. 

Pourquoi Romain Gary m’a scotchée avec son chat sauveur 🐱

Il y a des textes qui frappent par leur complexité, d’autres par leur virtuosité. Mais ce passage de Romain Gary , lui, me touche parce qu’il est brutalement simple .

Un enfant humilié, désespéré, au bord du vide. Un chat galeux, pragmatique, qui ne cherche rien d’autre qu’un peu de sucre collé sur des joues en larmes. Et cette rencontre improbable suffit à renverser une destinée.

Gary ne fait pas de lyrisme, ne rajoute pas de pathos. Il dit juste : c’était ça.
Un instant de pure matérialité – une langue râpeuse, un museau tremblant, une poche pleine de miettes – et la vie bascule du côté où elle doit rester.

C’est cette justesse absolue qui me laisse KO. Lui qui a toujours voulu être un héros tragique, il nous dit qu’il doit tout à un chat miteux. Et qu’au fond, la vie tient parfois à ce qui nous lèche le visage quand on ne l’attend plus.

ÉCRIRE, PAS PLEURNICHER !

On entend souvent : « J’écris quand l’inspiration vient. »
Ou encore « J’ai du talent, mais je manque de temps. »

🔥 ARRÊTEZ.

L’inspiration, c’est du vent. Le talent, c’est du brut . Ce qui fait la différence, c’est le boulot.

📌Écrivez . Même quand c’est mauvais.
📌Écrivez . Même quand vous êtes fatigué.
📌Écrivez . Même si ça ne ressemble à rien.

Parce que ce n’est pas en attendant la grâce divine qu’on fait un bon texte. C’est en tapant, raturant, reconstruisant, jusqu’à ce que ça claque.

🛑 Donc, fermez cet onglet, ouvrez votre doc et pondez des phrases !

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