Catégories
Expérience

La mémoire et les livres

Jeune étudiante, j’ai gardé un livre fermé à mes côtés pendant des mois avant de trouver la force de faire face à son titre : « La mort viendra et elle aura tes yeux ». Il s’agit d’un recueil de poèmes écrit par Cesare Pavese.

Des mois durant, je tripotai ce livre fané, trouvé chez un bouquiniste, « Verrà la morte et avrà i tuoi occhi », sans me résoudre à l’ouvrir. Que connaissais-je de la mort à dix-huit ans ? En fait, je ne l’avais véritablement rencontrée qu’une seule fois. Je l’avais vu installer son théâtre dans une chambre « d’hôpital », puisque c’était ainsi qu’on appelait cet ancien couvent aux murs couverts de fresques lépreuses, aux portes arrachées, au mobilier absent. Une salle vaste parcourue de gémissements. J’avais une dizaine d’années et, depuis le matin, après douze heures de conduite à tombeau ouvert, je me retrouvais au pied du lit de Guiseppe, mon grand-père mourant.