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Écrire : une question de souffle

à Marijo, Serge, Bernard, François et les autres.

Quelles sont sur le parquet, ces traces sombres qui n’y étaient pas auparavant ? Il m’avait fallu un moment avant de comprendre que c’était du sang.

Non ! Pas du sang, mais mon sang.

Le sang de mes petits petons.

Sur le coup, on ne sent rien, c’est après… après la douche, quand on veut enfiler ses santiags. Là, on se dit que ça va être coton pour rejoindre ses pénates. Et l’on n’est pas déçu. Après la brûlure viendront les ampoules. Pas les petites ampoules de bébé, non, les maousses. François rigole en loucedé : « C’est ça, ma jolie ! Au kendo, on commence par se refaire la peau de la plante des pieds ». Il me donne l’astuce pour les mégas-ampoules à venir : les transpercer de part en part avec un fil de couturière passé dans une aiguille.

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Chronique

« Alliance » de Marie Berchoud

Je ne sais pas ce qui me fait fuir le plus loin quand je lis “histoire d’amour” (je ne parle même pas de romance, parce que là, déjà, je me suis esbignée depuis longtemps).
Est-ce le mot amour qui me file des impatiences ? amur ? ou carrément Amour puisque nous sommes à la mode du a majuscule. Vous savez, cette majuscule qui vous prévient qu’ici on ne badine pas, on est trois étages plus haut que le vulgus pecum.
Ou serait-ce seulement le mot “histoire” ? Parce qu’alors là, j’ai de suite l’impression qu’on me l’a déjà racontée moult fois et qu’elle n’est pas très originale.
Bref, vous l’aurez compris, “l’histoire d’amour”, c’est pas mon truc.
Alors quand mon pote me dit : « Lis Berchoud. Lis Alliance ! » j’ai comme un flottement dans la direction.
Mais la nana (la Berchoud) on dirait qu’elle sait manier le Bic 4 couleurs. Du coup, je m’y colle.
Alors, voilà, Marie je vous le fais à ma façon (rustique).

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Expérience

La mémoire et les livres

Jeune étudiante, j’ai gardé un livre fermé à mes côtés pendant des mois avant de trouver la force de faire face à son titre : « La mort viendra et elle aura tes yeux ». Il s’agit d’un recueil de poèmes écrit par Cesare Pavese.

Des mois durant, je tripotai ce livre fané, trouvé chez un bouquiniste, « Verrà la morte et avrà i tuoi occhi », sans me résoudre à l’ouvrir. Que connaissais-je de la mort à dix-huit ans ? En fait, je ne l’avais véritablement rencontrée qu’une seule fois. Je l’avais vu installer son théâtre dans une chambre « d’hôpital », puisque c’était ainsi qu’on appelait cet ancien couvent aux murs couverts de fresques lépreuses, aux portes arrachées, au mobilier absent. Une salle vaste, parcourue de gémissements. J’avais une dizaine d’années et, depuis le matin, après douze heures de conduite à tombeau ouvert, je me trouvais au pied du lit de Guiseppe, mon grand-père agonisant.