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La fin du livre… le triomphe de la soupe en boite

Andy Warhol était-il cynique, opportuniste ou clairvoyant en proposant sa toile « Boites de Soupe Campbell » comme œuvre d’Art ?

Que voyons-nous sur ce tableau ? Une série (un copié-collé) de boites de soupe, autrement dit un produit industriel destiné à nourrir les masses.

À cette époque, bien entendu, le terme copié-collé n’avait pas de sens, en tout cas, pas celui que l’on connaît aujourd’hui. En quelques années, cette pratique est devenue la trame de notre quotidien.

Allez n’importe où en France (ou ailleurs), d’une ville l’autre, vous trouverez les mêmes boutiques. Vous pouvez choisir un vêtement à Montpellier, et l’acheter à Lille ou à Strasbourg. Mais cela, c’était il y a vingt ans. Je vous parle d’un temps… Aujourd’hui, tout est plus simple : on va sur l’Internet où des magasins de vente en ligne nous proposent des articles tous semblables, à peu de choses près. Les boites de soupe Campbell auraient-elles envahi notre espace quotidien ?

Ce qui est arrivé aux objets a fini par se propager à la production artistique. Je laisse à d’autres le soin de s’exprimer sur les arts picturaux, la musique, le cinéma, etc. Je vais m’en tenir à mon rayon : le livre (remarquez que je n’ai pas employé le terme littérature)

Alors, qu’est devenu le livre ?

Je crois ne pas m’égarer si j’affirme qu’il est devenu l’égal d’une « soupe en boite ».

Prenons le temps de le regarder en détail, et commençons à décrire ce qui se voit en premier :

La couverture.

Attractive, voilà ce qu’elle doit être. La couverture du monde d’avant, monochrome la plupart du temps, mentionnant seulement le nom de l’auteur, le titre et l’éditeur s’est transformée en quelques années en une sorte d’affiche publicitaire.

On la travaille comme on travaille le packaging d’objets manufacturés.

À chaque style de livre son iconographie qui varie avec l’air du temps : La romance et ses images d’Épinal du bonheur. Le feel good et ses couleurs acidulées, son look kawaï. La comédie et ses illustrations décalées, limite déjantées. L’histoire de vampires, fantômes & Co et ses couleurs gotiques. La Fan Fiction et ses compositions bizarroïdes, baroques. Etc.

Un étal de livres est aujourd’hui une mosaïque criarde, une sorte de cacophonie visuelle.

Sur la couverture : le titre.

Ici encore, on attend un titre accrocheur, vendeur, qui impacte immédiatement la libido du lecteur. La phrase fait recette, surtout si elle sonne comme le slogan d’une pochette surprise.

Arrivée à ce point, je me demande si l’on parle toujours du livre tel qu’on l’a connu par le passé. Et n’allez surtout pas voir là une idée personnelle, car c’est l’observation stricte de l’existant.

où l’on découvre que Gallimard doute de son image

Enfin, le 4e de couverture

Bref. Retournons l’objet afin de découvrir son fameux 4e de couverture. Nous parle-t-on du livre, de ce qu’il renferme, d’un contenu ? Eh bien, non. Ou plutôt si, mais pas réellement. Là aussi, il existe des règles pour qu’un 4e — qu’on lira en définitive parce que la couverture n’a pas fait mouche ! – détermine l’acte d’achat.

Ce 4e doit parler non pas du livre, mais de ce que le lecteur éprouvera en lisant le livre. Il s’agit là d’un glissement sémantique parfois d’une confondante naïveté, parfois plus subtil. La lecture du 4e de couve, doit vous donner l’impression d’être déjà dans le livre. Cette présentation doit vous rassurer (vous ne serez qu’à peine dépaysé), et vous persuader que ne pas acheter le livre serait une erreur. (Cela me rappelle les camelots des marchés de mon enfance qui vendaient des ustensiles de cuisine miraculeux, de la vaisselle incassable, des chiffons aspirant la poussière… rien que de la magie.) Parfois le 4e du livre machin pourrait se trouver sur celle du livre truc que le lecteur n’y verrait que du feu. Et qu’importe d’ailleurs, puisqu’il n’est pas là pour lire un ouvrage de littérature, mais pour éprouver des émotions. Ne dit-on pas ici et là : « ce livre m’a fait du bien ! », « j’ai beaucoup ri ! », « je n’ai plus pu le lâcher ! », « je l’ai dévoré ! », « je me suis senti-e si proche du personnage, comme si j’avais été happé-e par son histoire ! », etc. Et ne trouve-t-on pas cela naturel ? Alors qu’on devrait plutôt soulever les sourcils jusqu’à la racine des cheveux ?

Ah, mais oui, suis-je niaise… le divertissement !

Lire est devenu un divertissement (au même titre que regarder la télé, écouter la radio, aller au spectacle, voyager [sic]).

« Mais ce sont bien là des divertissements, non ? » vous entends-je éructer.

Certes… certes…

Diantre… diantre…

Diable ! Diable !

Excusez-moi. Je m’égare. Ce sont les nerfs, je crois bien. Je vais prendre mes gouttes et je reviens à vous dans une seconde.

Voili, voilà. Me revoilou.

Et dans ce lilivre donc, quoi que nous avons-nous ?

Une histoire,

allez, j’abrège : une histoire/convenue.

selon les cas : navrante de bêtise, étonnante d’invraisemblance, touchante de mièvrerie, stupéfiante de culot — mention spéciale pour tout ce qui touche au développement personnel —, drôle comme une émission télé, mouillante comme un porno soft, abrutissante de bons sentiments.

Et là, tant pis pour les ennemis que je vais me faire tant chez les lecteurs que chez les auteurs, mais il faut que je pose la question qui tue :

Un livre est-il fait pour raconter une histoire ? Même un roman ?

Eh bien, mes cadets, mes p’tits frères, mes sœurettes, au risque de vous surprendre la réponse est NON. La nature profonde d’un livre, disons un roman au sens très large n’est pas une histoire, elle est même tout sauf cela. La nature profonde d’un roman est couleur, lumière, chant, son, voyages intérieurs, style, images, respiration, métamorphoses, souffle, palpitation, changement de perception… tout sauf l’infâme soupe Campbell.

Alors, question : le livre a-t-il la moindre chance de survivre à la torture qu’on lui fait subir ?

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Mets ton masque, Lolita

Eh bien oui, j’avoue. Je n’avais encore jamais lu Lolita. Et finalement, je suis enchantée de ne découvrir ce texte qu’en 2020. Non seulement après « me too », après « le Matzneff nouveau », après les innombrables procès pédophiles, etc. Mais surtout après le confinement, le déconfinement et juste avant le reconfinement et le re-re, et après la censure sur les réseaux sociaux et ailleurs, le couvre-feu au-delà de 21 heures dans les villes, etc., etc. En bref, après la mise sous cloche de la société.

Tous ces éléments réunis m’ont poussée à exhumer un questionnement qui m’a longtemps obsédée dans ma prime jeunesse, mais que les contingences de la vie m’avaient fait un peu oublier : à quoi ressemblerait une contre-culture littéraire aujourd’hui ? Est-elle encore possible ?

À quoi ressemblerait une contre-culture littéraire dans le monde actuel ?

J’ai cru apercevoir quelques pistes de réponses à travers ma lecture de Lolita.

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Luigi Mollo, poète

Mercredi 4 mars, campagne de « promotion » d’Adieu Amériques, j’ai rendez-vous avec Luigi Mollo, président de l’association l’Italie à Toulouse. « Monsieur Mollo lui aussi est écrivain », m’a glissé la secrétaire.

Aussitôt, je m’attends à rencontrer un napolitain aux tempes argentées, un érudit, un vieil homme aux allures aristocratiques désinvoltes, une espèce de monument flamboyant et insaisissable. Du lourd, pour le dire en un mot.

Moi, vous me connaissez : toujours sur les nerfs, à cran, fonçant à travers les immenses steppes de l’existence avec la légèreté du char d’assaut.

Quand Luigi Mollo est entré dans la pièce, j’ai eu l’impression d’arriver à fond dans une mer de sable. Trop tard pour me composer un personnage tout en retenue, féminin et délicat. D’ailleurs, quand on est l’auteur d’Adieu Amériques, tout espoir est perdu de ce côté-ci.

Donc, je suis restée nature, et là, j’ai eu une des plus étranges sensations : Luigi Mollo absorbait mes propos déments et grotesques avec une grâce quasi divine. Je l’ai quitté une heure plus tard, apaisée, état qui, chez moi, se rapproche plus du K.O. que de la béatitude.

Par la suite, j’ai découvert quelques écrits de Luigi, et j’ai élucidé une part de ce qui s’était passé lors de notre entrevue.

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Nos labyrinthes intérieurs

La première représentation connue d’un labyrinthe remonte au paléolithique, entre 3,3 millions d’années et 11 700 avant notre ère. Elle fut gravée par un de nos ancêtres, sur de l’ivoire de mammouth, en actuelle Sibérie.

Certaines images comme le cercle (représentant le soleil ou le ciel), le carré (représentant la terre), ou comme le svastika (qui indique un mouvement de rotation autour d’un centre immobile, symbole d’action, de cycle et de régénération perpétuelle) ont été retrouvées à l’identique aux quatre coins du monde.

Si l’essentiel de ces symboles les plus anciens semble être relié à la nature et aux cycles naturels, je n’ai pas l’impression qu’il en va de même pour le labyrinthe.

Tel que je l’ai perçu, appris et ressenti, le symbole du labyrinthe renvoie uniquement à l’Homme, à son expérience sensible d’un univers infini et inconnu.

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La mort à Naples

J’ai déjà évoqué la « mort napolitaine » dans un précédent article. Il me semble en effet que si l’on parle de Naples et des napolitains, on ne peut éviter longtemps le sujet. La mort tient à Naples autant de place que la vie… et parfois davantage.

Étrange passion dont l’origine pourrait remonter à l’antiquité, à l’époque où Naples prit le nom de Parthénope.

Ah, mais qui est Parthénope ?

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Le monde perdu d’Adieu Amériques

Il faut du temps pour réaliser que l’époque dans laquelle nous avons grandi est révolue, que ce monde n’est pas une image figée, mais au contraire une rivière dont l’eau ne cesse de couler.

Le temps nécessaire à cette prise de conscience s’appelle l’âge, que par force, on rebaptise un jour vieillesse.

Toutes ces choses, ces objets, ces sensations qui ont nourri notre enfance, ce monde fantastique, vivant, palpitant que nous avons découvert avec émerveillement finit par se transformer en une page du passé, un air d’autrefois.

« Cet air est-il encore audible aujourd’hui ? »