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Chronique

La BD Blanche de Sol Ferrières

Il est dans la nature d’un auteur de nous entraîner dans son univers. C’est ce que fait Sol Ferrières avec ses deux romans « L’éclat de verre » et « Un certain Arthur Kramm « . Mais il fait plus, beaucoup, infiniment plus.

Si, comme moi, vous aimez le dessin, la bande dessinée, mais que la seule chose que vous réussissez à dessiner c’est le bonhomme patate… vous allez vivre avec les romans de Sol Ferrières une expérience pas ordinaire. Vous allez pouvoir concevoir, au moins dans votre tête, une BD unique, la vôtre. Ouvrez le livre et laissez s’éveiller l’illustrateur qui sommeille en vous.

« Le point commun entre mes nombreuses expériences professionnelles et personnelles m’a longtemps échappé, mais j’ai fini par le trouver : c’est le rapport entre l’écriture et l’image. Le mot écrit dans son rapport à l’image me fascine. »

Alors de quoi s’agit-il ?

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Chronique

Lettre à l’ami africain

Cher Marius,

De vous, je n’ai longtemps connu que les poèmes. Poèmes qui traduisent, comme vous le dites, vos sentiments personnels, votre propre vie et puis les douleurs et les peines des classes défavorisées. Des poèmes qui me pincent toujours le cœur, qui effleurent quelque chose de profond… l’esprit, qui sait ?

De vous, j’ai vite été curieuse. Il est si facile de nos jours d’abolir les distances grâce à la technologie, que nous avons pu facilement communiquer grâce à l’internet. J’ai senti dès nos premiers échanges que j’approchais un jeune homme réservé, et je dirais presque… rangé.

De vous, j’ai appris que vous êtes étudiant en deuxième année de philosophie à D’Jamena, et que vous habitez la région sud-est du Tchad, qu’on appelle Moyen Chari.

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Luigi Mollo, poète

Mercredi 4 mars, campagne de « promotion » d’Adieu Amériques, j’ai rendez-vous avec Luigi Mollo, président de l’association l’Italie à Toulouse. « Monsieur Mollo lui aussi est écrivain », m’a glissé la secrétaire.

Aussitôt, je m’attends à rencontrer un napolitain aux tempes argentées, un érudit, un vieil homme aux allures aristocratiques désinvoltes, une espèce de monument flamboyant et insaisissable. Du lourd, pour le dire en un mot.

Moi, vous me connaissez : toujours sur les nerfs, à cran, fonçant à travers les immenses steppes de l’existence avec la légèreté du char d’assaut.

Quand Luigi Mollo est entré dans la pièce, j’ai eu l’impression d’arriver à fond dans une mer de sable. Trop tard pour me composer un personnage tout en retenue, féminin et délicat. D’ailleurs, quand on est l’auteur d’Adieu Amériques, tout espoir est perdu de ce côté-ci.

Donc, je suis restée nature, et là, j’ai eu une des plus étranges sensations : Luigi Mollo absorbait mes propos déments et grotesques avec une grâce quasi divine. Je l’ai quitté une heure plus tard, apaisée, état qui, chez moi, se rapproche plus du K.O. que de la béatitude.

Par la suite, j’ai découvert quelques écrits de Luigi, et j’ai élucidé une part de ce qui s’était passé lors de notre entrevue.

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Articles Expérience

Une expérience de groupe en devenir : Collectif 15

Le 15 mars 2020, 15 auteurs bouclent un recueil de 15 nouvelles sur un thème commun: La lecture et l’enfant. Ce recueil intitulé Premières Lectures sera rendu public 15 jours plus tard sur la plate-forme de lecture libre en ligne : monbestseller.com

On pourrait évidemment considérer ce recueil comme l’aboutissement d’une rencontre par un travail collectif, mais je pense pour ma part que ce petit livre n’est rien de cela.

De mon point de vue, ce petit livre est une étape dans un processus.

Certes, en parler sur ce ton ne rend pas la chose sexy.

Eh bien, peu m’en chaut.

Oui, peut m’en chaut, car de mon point de vue de membre, ce Collectif a mieux à faire que plaire, intriguer, passionner. Nous ne sommes résolument pas dans une tentative de rapprochement feel good entre personnes bien décidées à attaquer le box-office ; tentatives telles qu’on les voit fleurir dans les réseaux sociauxet dont le propos à peine masqué est de mettre en commun des potentiels d’auteurs pour mieux escalader les marches du Top 10 et vendre plus de livres.

Alors voici quel est mon retour d’expérience de Collectif 15 :

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Expérience

Dans la peau de Najjar Hassen

Il était une fois un pays désenchanté après une révolution manquée. C’est ainsi que pourrait démarrer l’histoire de Salem, jeune facteur, arraché à son sommeil par un étrange cauchemar.
« Le Royaume de la Liberté » raconte la quête initiatique d’un jeune Tunisien destiné à retrouver son identité dans une société bouleversée.

Du 18 décembre 2019 au 25 février 2020, j’ai eu l’impression de vivre à la fois dans ma tête et dans celle d’un autre.

Pour mémoire : le 17 décembre je découvre sur monbestseller.com (grâce au traducteur Google!) un auteur Tunisien à la recherche d’un francophone disposé à traduire son livre Le royaume de la Liberté. Après quelques transactions orchestrées par Google, il s’avère que si Hassen a des difficultés à écrire le français, il le comprend parfaitement et connaît ses classiques. Il est donc en mesure de transcrire, même très approximativement, son texte.

Aussitôt, je lui propose un test dans le but de vérifier si je suis en mesure d’adapter son livre à partir de ses “notes”.

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Chronique

Les Yeux de Pierre de Nadine Lamaison

Il y a des livres qu’on ne veut pas refermer avant le mot fin. Pour moi, Les yeux de Pierre font partie de ceux-là. Fort heureusement, j’avais pensé à le glisser dans mon sac avant d’aller prendre un train. Et où est-on mieux que dans un train pour lire sans être dérangé ?

La plupart des livres racontent une histoire, d’autres prennent appui sur une histoire pour en raconter une autre. Comme il y a la “sous-conversation” chez Nathalie Sarraute, je dirais qu’il y a chez Nadine Lamaison une “sous-narration” et que c’est cela, pour moi, le plus intéressant dans sa recherche et sa production littéraire.

Parlons du livre.

Pierre est un garçon et ses yeux sont bleus.

Avant de tenir le livre en main, j’avais compris qu’il s’agissait d’yeux de pierre. Et j’étais bien sûre de mon fait puisque je savais que Grégoire, le père de cette histoire, est maçon. Mon inconscient avait fait quelques tours et détours par Antibes, Audiberti, retour par Nougaro : Jaques Audiberti, dites-moi que faire pour que le maçon chante mes chansons, arrivée chez Nadine Lamaison : les yeux de pierre ; la pierre qui regarde, témoin silencieux de l’Histoire et des histoires.

Pierre est un garçon et ses yeux sont bleus. Certes ! Diantre !! Diable !!! Si vous l’dites. Mais je n’y crois toujours pas. Je suis rentrée dans le livre avec la pierre et j’en suis sortie plus convaincue encore. Nadine Lamaison voulait me jouer un tour, mais ça n’a pas fonctionné. Et tant mieux, car je crois que c’est ainsi et pas autrement que son tour est réussi !

Quatre heures durant, j’ai lu des mots en entendant une autre histoire.

Dans les mots, il y a du temps qui s’écoule, des mois, des saisons ; dans l’histoire que j’ai lue, il n’y a qu’un jour, un long dimanche…, un jour qui ne finit que pour exploser. Une explosion préfigurant celle de la guerre 39-45 qui éclate dans les dernières lignes.

Dans les mots il y a des gens, toute une famille, mais dans l’histoire, il n’y a qu’un seul corps, grouillant de vie ou de vermine, on ne sait pas.

Dans les mots, il y a des peuples (français, italien, allemand, algérien…). Dans l’histoire, il n’y a qu’une seule humanité et plus précisément il n’y a que le peuple, les ouvriers et leur force physique, leur soif de vin, les femmes avec leurs corvées, leurs corps désirants-désirés, leurs corps, rien que des corps d’enfants, de poupées, d’animaux de ferme, animaux sacrifiés, prélude à la nouvelle boucherie organisée qui avance et qui va faire tout péter.

Et le style, demandez-vous ?

Hypnotique. Comme une musique répétitive, une goutte d’eau qui finit par déchirer notre silence intérieur. À quoi est-ce dû ? Au rythme, je crois. Pas au rythme de la phrase elle-même, mais plutôt à celui du regard, du déplacement du regard de l’auteur comme un balancier, et aussi à sa direction d’orchestre.

Je n’en dirai pas plus au risque d’en dire trop.

Place au livre.

Les yeux de Pierre, Nadine Lamaison – Edition Publibook – ISBN 978-2-7483-0105-2 – 200 pages – 16€77.

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Big Jim de Guilhem Cadou

Big Jim

Une ode à la « route ». Un long poème de pluie et de tourbe

Les Presses Littéraires – ISBN 979-1031005447 – 290 pages – 18 € ici

Dès la première phrase de ce roman : « L’homme dégoulinait d’eau noire car il sortait du ventre de la terre », le lecteur est prévenu de ce qui l’attend en se lançant dans la lecture de Big Jim de Guilhem Cadou.

L’image nous suggère un scénario de naissance ou de renaissance. Celui qui se fera appeler Jim, Big Jim naît ou renaît au monde, non plus bébé, mais homme, peut-être même vieillard ou hors d’âge comme un vieux whisky irlandais.

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Chronique

Alliance de Marie Berchoud

Marie Berchoud

une écriture incisive au service d’un esprit affûté

ISBN-13 : 979-1026236375 – 202 pages – prix 13,90€ ici

Je ne sais pas ce qui me fait fuir le plus loin quand je lis “histoire d’amour” (je ne parle même pas de romance, parce que là, déjà, je me suis esbignée depuis longtemps).
Est-ce le mot amour qui me file des impatiences ? amur ? ou carrément Amour puisque nous sommes à la mode du a majuscule. Vous savez, cette majuscule qui vous prévient qu’ici on ne badine pas, on est trois étages plus haut que le vulgus pecum.
Ou serait-ce seulement le mot “histoire” ? Parce qu’alors là, j’ai de suite l’impression qu’on me l’a déjà racontée moult fois et qu’elle n’est pas très originale.
Bref, vous l’aurez compris, “l’histoire d’amour”, c’est pas mon truc.
Alors quand mon pote me dit : « Lis Berchoud. Lis Alliance ! » j’ai comme un flottement dans la direction.
Mais la nana (la Berchoud) on dirait qu’elle sait manier le Bic 4 couleurs. Du coup, je m’y colle.
Alors, voilà, Marie je vous le fais à ma façon (rustique).