#Écrire à propos du père

C’est en me réveillant ce matin que j’ai entendu cette injonction : « Ma grosse (ou ma belle, ch’sais pus), lève-toi, marche jusqu’à la machine à café, verse-t’en un, et va rédiger #ecrireapropos… du père. Il faut dire que je m’étais endormie, hier au soir, en demandant à mon inconscient de choisir pour moi le thème de mon prochain article.

Voilà, c’est fait.

Sacré inconscient.

Et aussitôt l’œil ouvert, je n’ai pas pu m’empêcher de repenser ou plutôt de réentendre la chanson de Jim Morrison, « The End ». Father I want to kill you… Et je me suis demandé pourquoi.

Pourquoi faudrait-il tuer le père ? Pourquoi faudrait-il baiser la mère (c’est la suite de la chanson) ?

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Ecrire, c’est comme broder… un peu

Il y a des mots, des expressions qu’on ne dit plus couramment de nos jours, ou qu’on n’ose plus prononcer, car ils peuvent faire de nous des gens démodés, trahir notre âge, dire qu’on a assez vécu. Pffft ! Place aux suivants.

Il est plutôt rare de nos jours d’entendre dire d’un auteur qu’il a « brodé un roman ». Expression à la surface de laquelle surnage un petit air méprisant. Il y a dans cette « broderie » l’idée que l’auteur en rajoute, s’arrange avec l’histoire, ou pire rallonge, délaye, s’éloigne du cœur de l’intrigue. Écrivain ayant tendance à « broder ». Si on lit cela dans un commentaire, on hésite sur le sens à donner. Sauf si l’on est du Sude de la Frânce, où, là, peuchère, on sait, ce que ça veut dire « Oh, gari, tu broderais pas un peu sur les bords ? ». D’ailleurs, on dirait plutôt « Oh, gari, là je crois que tu bromèges* ! »

Enfin, bref, moi ce n’est pas du tout du tout ainsi que je vois la chose.

Écrire, c’est comme broder. Broder au tambour de préférence.

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L’interview de Catarina

Cet interview est extraite du Dossier de Presse téléchargeable en fin d’article.

De quoi parle Le temps des cerises ?

Au premier degré, Le temps des cerises raconte une vengeance.

Quarante ans plus tard, Louise retrouve fortuitement son « ennemie de classe » de l’école primaire : Marie-Odile Altier. La tragédie de son enfance remonte alors à la surface de sa mémoire et Louise décide de se venger des torts qui lui ont été fait, ainsi qu’à sa famille, et également à toute une époque, toute une façon de vivre ; à une classe sociale dans son ensemble : la classe ouvrière.

Le temps des cerises parle abondamment de ce monde disparu, de ses valeurs, de ses espérances. L’action se déroule dans une espèce de bâtisse vétuste : La Bambolina. C’est là qu’habitent six familles d’ouvriers partageant bonheur et misère. Un soir, Louise surprend une conversation entre ses parents où il est question de la mort de madame Altier, la mère de Marie-Odile. Quel mystère entoure cette mort ? Louise devra attendre neuf ans avant de le savoir, autant d’années durant lesquelles, après l’effondrement de la Bambolina, elle assistera à la destruction de sa propre famille.

Derrière la tragédie, il y a un homme : Pierre Altier, promoteur véreux, maffieux fratricide ‒ et plus encore ‒, qui a décidé de détruire une communauté et les membres qui la composent.

Quel est son univers littéraire ?

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Une histoire de vengeance et… de lutte des classes

On a tous en nous le souvenir d’une maison qui a marqué notre enfance. Maison de nos parents, grands-parents, de nos vacances… Maison sur la lande, abandonnée, ou hantée, dans les bois, au sommet de la colline, elle est devenue le décor de nos fantasmes, l’écrin de nos rêves et parfois de nos cauchemars.

Gamine, je passais quotidiennement devant une espèce de grande piaule à moitié délabrée. Ma mère me tirait par la main pour m’obliger à accélérer le pas. On allait toujours trop vite pour que je puisse gaffer, le temps de me faire une idée de ce qu’il se passait là-dedans. « Ce qu’ils font ne nous regarde pas. » Le seul commentaire que j’arrivais à arracher à ma mère me rendait la chose mystérieuse et troublante. Plus elle me tirait le bras, plus je voulais découvrir qui habitait là, dans ces presque ruines ; et ce qu’il s’y tramait.

Pour finir, je n’ai jamais su.

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# Écrire à propos de l’Afrique

Il a plu, une pluie de mousson, sur le terminus des cars d’une grande ville d’Afrique. Le stationnement et les chemins qui y mènent sont en terre battue. L’eau qui a versé du ciel à peine trente minutes plus tôt a rempli les nombreux nids de poule. Aux creux des trous, une vase imprégnée des détritus jetés par les badauds commence à fermenter et dégage une odeur putride. La chaleur est palpable, l’humidité est à couper au coteau, la respiration est pénible, ma chemise est à tordre. Et la vie trépidante des marchands ambulants et des passagers est à peine ralentie, il fait chaud et l’on s’en fout. Il y a qu’à boire, ma sœur ! Ce qui ne tue pas rend plus fort !

Jour de marché à Dapaong (Togo). Un griot en arrière-plan chante une information publique. Photographie de Marianne Leuriaux

Le pare-brise de mon camion est l’écran de mes souvenirs heureux. En arrière-scène défile la forêt boréale, monotone comme la pluie d’automne. Les souvenirs sont comme une bûche qu’on dépose dans l’âtre, ils réchauffent le cœur et son odeur… l’âme. Comment faire pour écrire à des milliers de lieues de son sujet ?

Comme tu sais si bien le faire, Catarina, ma sœur : il faut chérir ses souvenirs, les bichonner, les idéaliser, les travestir aussi. Mémoire gravée, effilée cent fois, mille fois jusqu’à ce qu’elle devienne tranchante comme la lame du katana.

Chasseur de Mandouri (Togo). Jour de fantasia. Photographie de Marianne Leuriaux

Voici, grande sœur, la recette d’auteur que j’essaie humblement de suivre : Prendre de grosses poignées de souvenirs, y mettre le ferment de la solitude, laisser gonfler. Pour accélérer le processus, ajoutez les enzymes de l’ennui. Puis laisser divaguer jusqu’à ce que le tout devienne chimère. Pétrir la pâte ainsi obtenue et façonner de la manière désirée. Éviter les gâteaux trop mielleux, les décorations narcissiques, ethnocentriques, messianiques. Laisser monter en bouche les saveurs subtiles, les évocations fines, tout est question de dosage. Bref, cuisiner santé…

Alors, l’Afrique se reconstruit sur des routes bordées de sapins. Du bouclier canadien, aux prairies, aux rocheuses, la route transcanadienne est longue. Elle favorise l’émergence des pensées erratiques. Il ne reste plus qu’à les rendre cohérentes.

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Guy Saint-Onge signe un texte « L’envers de l’Or Vert » à lire ici

Retrouvez les articles #ecrireapropos de

Nadine Lamaison, Laurence Labbé, Laure Gombault, Chris Simon, Emmanuelle Pesqué

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# Ecrire à propos de la nature

Il suffit d’imaginer la vie que menaient nos lointains ancêtres, aux temps des différentes humanités, pour réaliser à quel point le monde que nous habitons est artificiel. A mesure que nous nous éloignons de Cro-Magnon, nous transformons l’idée que nous nous faisons de la nature, à tel point qu’aujourd’hui chacun s’en fait une représentation personnelle.

Pour certains auteurs, la nature est un décor, un cadre ; pour d’autres un obstacle, prétexte au dépassement de soi ; pour d’autres encore un espace à conquérir… la liste est longue, sans compter ceux qui ne lui réservent aucune place particulière.

Pour moi, la nature est un personnage à part entière.

C’est ce que j’ai voulu signifier en débutant mon roman Adieu Amériques ainsi :

« Et puis, l’été nous tenait sous sa coupe. »

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#Écrire à propos… du surnaturel

Voilà, le plus dur est fait. Ton roman est ficelé, pesé et prêt pour la livraison. Tout y est : somptueuse couverture, quatrième à tomber à la renverse ; j’te cause même pas du contenu aux oignons grelots, corrigé et recorrigé. Reste plus qu’à…

…trouver son genre et son sous-genre.

Roman, oui, d’accord, mais ensuite ?

Évidemment, si dès le départ, tu t’es fixé comme but de publier un Feel-good, ou une Romance, ou un Polar ; si ton histoire se déroule dans le futur, ou dans un passé daté, voire dans un monde totalement imaginaire, la tâche sera aisée. Idem si tu as créé un espion, ou un vampire, ou si tes primo-lecteurs sont tous morts de rire en lisant ton premier paragraphe. Bref, si avant même de poser les premier mots de ton histoire tu avais déjà décidé de son genre littéraire, le positionnement de ton livre se fera the fingers in the nose. Une simple formalité.

Mais si, au contraire, pour écrire ton histoire, tu es parti de la vie… La vie, mais oui, tu sais bien : le vivant, la substance mystérieuse, la destinée, le hasard, le karma, la Providence, blablabla, ce truc inouï, grouillant, imprévisible, étonnant et par nature hautement improbable, alors là… alors là… Diantre und diabolus !… C’est la grosse panade pour trouver dans quelle rubrique de recherche classer ton nouveau livre.

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Écrire : une question de souffle

à Marijo, Serge, Bernard, François et les autres.

Quelles sont sur le parquet, ces traces sombres qui n’y étaient pas auparavant ? Il m’avait fallu un moment avant de comprendre que c’était du sang.

Non ! Pas du sang, mais mon sang.

Le sang de mes petits petons.

Sur le coup, on ne sent rien, c’est après… après la douche, quand on veut enfiler ses santiags. Là, on se dit que ça va être coton pour rejoindre ses pénates. Et l’on n’est pas déçu. Après la brûlure viendront les ampoules. Pas les petites ampoules de bébé, non, les maousses. François rigole en loucedé : « C’est ça, ma jolie ! Au kendo, on commence par se refaire la peau de la plante des pieds ». Il me donne l’astuce pour les mégas-ampoules à venir : les transpercer de part en part avec un fil de couturière passé dans une aiguille.

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Ce n’est pas parce qu’on ne sait pas écrire qu’il faut s’interdire de « faire » des livres

Le titre de ce billet d’humeur est librement inspiré d’un navet sorti sur les écrans courant 1975, réalisé par Jacques Besnard : Ce n’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule.

1975… je vous parle d’un temps où les vaches étaient bien gardées (c’est un billet de d’humeur (mauvaise), je précise ! ) : les lecteurs lisaient les écrivains qui écrivaient et qui lisaient aussi beaucoup, becôse, l’écriture commence par la lecture… enfin… commençait. Mais aujourd’hui, nous sommes en 2021, l’année où Gallimard l’aura envoyé emballé dans du papier hallu : « N’en expédiez plus, la corbeille est pleine ! »

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La fin du livre… le triomphe de la soupe en boite

Andy Warhol était-il cynique, opportuniste ou clairvoyant en proposant sa toile « Boites de Soupe Campbell » comme œuvre d’Art ?

Que voyons-nous sur ce tableau ? Une série (un copié-collé) de boites de soupe, autrement dit un produit industriel destiné à nourrir les masses.

À cette époque, bien entendu, le terme copié-collé n’avait pas de sens, en tout cas, pas celui que l’on connaît aujourd’hui. En quelques années, cette pratique est devenue la trame de notre quotidien.

Allez n’importe où en France (ou ailleurs), d’une ville l’autre, vous trouverez les mêmes boutiques. Vous pouvez choisir un vêtement à Montpellier, et l’acheter à Lille ou à Strasbourg. Mais cela, c’était il y a vingt ans. Je vous parle d’un temps… Aujourd’hui, tout est plus simple : on va sur l’Internet où des magasins de vente en ligne nous proposent des articles tous semblables, à peu de choses près. Les boites de soupe Campbell auraient-elles envahi notre espace quotidien ?

Ce qui est arrivé aux objets a fini par se propager à la production artistique. Je laisse à d’autres le soin de s’exprimer sur les arts picturaux, la musique, le cinéma, etc. Je vais m’en tenir à mon rayon : le livre (remarquez que je n’ai pas employé le terme littérature)

Alors, qu’est devenu le livre ?

Je crois ne pas m’égarer si j’affirme qu’il est devenu l’égal d’une « soupe en boite ».

Prenons le temps de le regarder en détail, et commençons à décrire ce qui se voit en premier :

La couverture.

Attractive, voilà ce qu’elle doit être. La couverture du monde d’avant, monochrome la plupart du temps, mentionnant seulement le nom de l’auteur, le titre et l’éditeur s’est transformée en quelques années en une sorte d’affiche publicitaire.

On la travaille comme on travaille le packaging d’objets manufacturés.

À chaque style de livre son iconographie qui varie avec l’air du temps : La romance et ses images d’Épinal du bonheur. Le feel good et ses couleurs acidulées, son look kawaï. La comédie et ses illustrations décalées, limite déjantées. L’histoire de vampires, fantômes & Co et ses couleurs gotiques. La Fan Fiction et ses compositions bizarroïdes, baroques. Etc.

Un étal de livres est aujourd’hui une mosaïque criarde, une sorte de cacophonie visuelle.

Sur la couverture : le titre.

Ici encore, on attend un titre accrocheur, vendeur, qui impacte immédiatement la libido du lecteur. La phrase fait recette, surtout si elle sonne comme le slogan d’une pochette surprise.

Arrivée à ce point, je me demande si l’on parle toujours du livre tel qu’on l’a connu par le passé. Et n’allez surtout pas voir là une idée personnelle, car c’est l’observation stricte de l’existant.

où l’on découvre que Gallimard doute de son image

Enfin, le 4e de couverture

Bref. Retournons l’objet afin de découvrir son fameux 4e de couverture. Nous parle-t-on du livre, de ce qu’il renferme, d’un contenu ? Eh bien, non. Ou plutôt si, mais pas réellement. Là aussi, il existe des règles pour qu’un 4e — qu’on lira en définitive parce que la couverture n’a pas fait mouche ! – détermine l’acte d’achat.

Ce 4e doit parler non pas du livre, mais de ce que le lecteur éprouvera en lisant le livre. Il s’agit là d’un glissement sémantique parfois d’une confondante naïveté, parfois plus subtil. La lecture du 4e de couve, doit vous donner l’impression d’être déjà dans le livre. Cette présentation doit vous rassurer (vous ne serez qu’à peine dépaysé), et vous persuader que ne pas acheter le livre serait une erreur. (Cela me rappelle les camelots des marchés de mon enfance qui vendaient des ustensiles de cuisine miraculeux, de la vaisselle incassable, des chiffons aspirant la poussière… rien que de la magie.) Parfois le 4e du livre machin pourrait se trouver sur celle du livre truc que le lecteur n’y verrait que du feu. Et qu’importe d’ailleurs, puisqu’il n’est pas là pour lire un ouvrage de littérature, mais pour éprouver des émotions. Ne dit-on pas ici et là : « ce livre m’a fait du bien ! », « j’ai beaucoup ri ! », « je n’ai plus pu le lâcher ! », « je l’ai dévoré ! », « je me suis senti-e si proche du personnage, comme si j’avais été happé-e par son histoire ! », etc. Et ne trouve-t-on pas cela naturel ? Alors qu’on devrait plutôt soulever les sourcils jusqu’à la racine des cheveux ?

Ah, mais oui, suis-je niaise… le divertissement !

Lire est devenu un divertissement (au même titre que regarder la télé, écouter la radio, aller au spectacle, voyager [sic]).

« Mais ce sont bien là des divertissements, non ? » vous entends-je éructer.

Certes… certes…

Diantre… diantre…

Diable ! Diable !

Excusez-moi. Je m’égare. Ce sont les nerfs, je crois bien. Je vais prendre mes gouttes et je reviens à vous dans une seconde.

Voili, voilà. Me revoilou.

Et dans ce lilivre donc, quoi que nous avons-nous ?

Une histoire,

allez, j’abrège : une histoire/convenue.

selon les cas : navrante de bêtise, étonnante d’invraisemblance, touchante de mièvrerie, stupéfiante de culot — mention spéciale pour tout ce qui touche au développement personnel —, drôle comme une émission télé, mouillante comme un porno soft, abrutissante de bons sentiments.

Et là, tant pis pour les ennemis que je vais me faire tant chez les lecteurs que chez les auteurs, mais il faut que je pose la question qui tue :

Un livre est-il fait pour raconter une histoire ? Même un roman ?

Eh bien, mes cadets, mes p’tits frères, mes sœurettes, au risque de vous surprendre la réponse est NON. La nature profonde d’un livre, disons un roman au sens très large n’est pas une histoire, elle est même tout sauf cela. La nature profonde d’un roman est couleur, lumière, chant, son, voyages intérieurs, style, images, respiration, métamorphoses, souffle, palpitation, changement de perception… tout sauf l’infâme soupe Campbell.

Alors, question : le livre a-t-il la moindre chance de survivre à la torture qu’on lui fait subir ?