Un chemin qui a du cœur

Il paraît que tous les chemins se valent et que de toute manière, ils ne mènent nulle part.

C’est en tout cas ce que prétend Don Juan, le mentor et sorcier Yaqui notoire mis en scène par Carlos Castaneda dans son œuvre littéraire.

La suite de la citation est : « Par conséquent, choisis un chemin qui a du Cœur ! »

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A la poursuite de la « Note Bleue »

Il n’y a qu’une seule raison d’écrire, le reste n’est que faux prétextes. Cette raison, c’est la poursuite de la « Note Bleue ».

Les autres arguments, la plupart du temps non conscients et/ou non assumés, et n’ayant rien à voir avec l’acte d’écrire sont : une façon de passer le temps, de se distraire, d’apporter quelque chose aux autres ou de partager quelque chose avec eux ; l’espoir de célébrité ; une stratégie -assez hasardeuse- de faire de l’argent, etc.

Non, n’en déplaise à l’engouement actuel pour la démocratisation de l’écriture, à la dictature des réseaux dits sociaux, tous ces arguments fallacieux n’ont aucun lien avec la littérature pour la simple raison qu’on peut atteindre tout ces buts par de multiples autres moyens.

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Le monde parallèle

Un carrelage noir et blanc comme un damier recouvrait le sol de l’entrée de l’immeuble où habitait ma grand-mère. J’avais décrété une loi suprême interdisant à quiconque de fouler les carreaux blancs.

En ma présence, personne n’était autorisé à marcher sur un des carreaux blancs qui s’étendaient entre la porte d’entrée et la première marche de l’escalier qui conduisait aux deux étages que comptait l’habitation.

Les carreaux noirs étaient bons et magiques, y poser le pied -je m’en souviens encore- procurait une sensation mystérieuse et excitante, ce qui n’arrivait jamais quand on posait le pied sur un des pernicieux carreaux blancs. Traverser le hall sans tenir compte du pavé, comme l’appelait ma grand-mère, aurait été à mes yeux non seulement une pure hérésie, mais c’était surtout courir le risque fou d’être déquillé par un des perfides carreaux blancs.

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#Écrire à propos du père

C’est en me réveillant ce matin que j’ai entendu cette injonction : « Ma grosse (ou ma belle, ch’sais pus), lève-toi, marche jusqu’à la machine à café, verse-t’en un, et va rédiger #ecrireapropos… du père. Il faut dire que je m’étais endormie, hier au soir, en demandant à mon inconscient de choisir pour moi le thème de mon prochain article.

Voilà, c’est fait.

Sacré inconscient.

Et aussitôt l’œil ouvert, je n’ai pas pu m’empêcher de repenser ou plutôt de réentendre la chanson de Jim Morrison, « The End ». Father I want to kill you… Et je me suis demandé pourquoi.

Pourquoi faudrait-il tuer le père ? Pourquoi faudrait-il baiser la mère (c’est la suite de la chanson) ?

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Ecrire, c’est comme broder… un peu

Il y a des mots, des expressions qu’on ne dit plus couramment de nos jours, ou qu’on n’ose plus prononcer, car ils peuvent faire de nous des gens démodés, trahir notre âge, dire qu’on a assez vécu. Pffft ! Place aux suivants.

Il est plutôt rare de nos jours d’entendre dire d’un auteur qu’il a « brodé un roman ». Expression à la surface de laquelle surnage un petit air méprisant. Il y a dans cette « broderie » l’idée que l’auteur en rajoute, s’arrange avec l’histoire, ou pire rallonge, délaye, s’éloigne du cœur de l’intrigue. Écrivain ayant tendance à « broder ». Si on lit cela dans un commentaire, on hésite sur le sens à donner. Sauf si l’on est du Sude de la Frânce, où, là, peuchère, on sait, ce que ça veut dire « Oh, gari, tu broderais pas un peu sur les bords ? ». D’ailleurs, on dirait plutôt « Oh, gari, là je crois que tu bromèges* ! »

Enfin, bref, moi ce n’est pas du tout du tout ainsi que je vois la chose.

Écrire, c’est comme broder. Broder au tambour de préférence.

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L’interview de Catarina

Cet interview est extraite du Dossier de Presse téléchargeable en fin d’article.

De quoi parle Le temps des cerises ?

Au premier degré, Le temps des cerises raconte une vengeance.

Quarante ans plus tard, Louise retrouve fortuitement son « ennemie de classe » de l’école primaire : Marie-Odile Altier. La tragédie de son enfance remonte alors à la surface de sa mémoire et Louise décide de se venger des torts qui lui ont été fait, ainsi qu’à sa famille, et également à toute une époque, toute une façon de vivre ; à une classe sociale dans son ensemble : la classe ouvrière.

Le temps des cerises parle abondamment de ce monde disparu, de ses valeurs, de ses espérances. L’action se déroule dans une espèce de bâtisse vétuste : La Bambolina. C’est là qu’habitent six familles d’ouvriers partageant bonheur et misère. Un soir, Louise surprend une conversation entre ses parents où il est question de la mort de madame Altier, la mère de Marie-Odile. Quel mystère entoure cette mort ? Louise devra attendre neuf ans avant de le savoir, autant d’années durant lesquelles, après l’effondrement de la Bambolina, elle assistera à la destruction de sa propre famille.

Derrière la tragédie, il y a un homme : Pierre Altier, promoteur véreux, maffieux fratricide ‒ et plus encore ‒, qui a décidé de détruire une communauté et les membres qui la composent.

Quel est son univers littéraire ?

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Une histoire de vengeance et… de lutte des classes

On a tous en nous le souvenir d’une maison qui a marqué notre enfance. Maison de nos parents, grands-parents, de nos vacances… Maison sur la lande, abandonnée, ou hantée, dans les bois, au sommet de la colline, elle est devenue le décor de nos fantasmes, l’écrin de nos rêves et parfois de nos cauchemars.

Gamine, je passais quotidiennement devant une espèce de grande piaule à moitié délabrée. Ma mère me tirait par la main pour m’obliger à accélérer le pas. On allait toujours trop vite pour que je puisse gaffer, le temps de me faire une idée de ce qu’il se passait là-dedans. « Ce qu’ils font ne nous regarde pas. » Le seul commentaire que j’arrivais à arracher à ma mère me rendait la chose mystérieuse et troublante. Plus elle me tirait le bras, plus je voulais découvrir qui habitait là, dans ces presque ruines ; et ce qu’il s’y tramait.

Pour finir, je n’ai jamais su.

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# Écrire à propos de l’Afrique

Il a plu, une pluie de mousson, sur le terminus des cars d’une grande ville d’Afrique. Le stationnement et les chemins qui y mènent sont en terre battue. L’eau qui a versé du ciel à peine trente minutes plus tôt a rempli les nombreux nids de poule. Aux creux des trous, une vase imprégnée des détritus jetés par les badauds commence à fermenter et dégage une odeur putride. La chaleur est palpable, l’humidité est à couper au coteau, la respiration est pénible, ma chemise est à tordre. Et la vie trépidante des marchands ambulants et des passagers est à peine ralentie, il fait chaud et l’on s’en fout. Il y a qu’à boire, ma sœur ! Ce qui ne tue pas rend plus fort !

Jour de marché à Dapaong (Togo). Un griot en arrière-plan chante une information publique. Photographie de Marianne Leuriaux

Le pare-brise de mon camion est l’écran de mes souvenirs heureux. En arrière-scène défile la forêt boréale, monotone comme la pluie d’automne. Les souvenirs sont comme une bûche qu’on dépose dans l’âtre, ils réchauffent le cœur et son odeur… l’âme. Comment faire pour écrire à des milliers de lieues de son sujet ?

Comme tu sais si bien le faire, Catarina, ma sœur : il faut chérir ses souvenirs, les bichonner, les idéaliser, les travestir aussi. Mémoire gravée, effilée cent fois, mille fois jusqu’à ce qu’elle devienne tranchante comme la lame du katana.

Chasseur de Mandouri (Togo). Jour de fantasia. Photographie de Marianne Leuriaux

Voici, grande sœur, la recette d’auteur que j’essaie humblement de suivre : Prendre de grosses poignées de souvenirs, y mettre le ferment de la solitude, laisser gonfler. Pour accélérer le processus, ajoutez les enzymes de l’ennui. Puis laisser divaguer jusqu’à ce que le tout devienne chimère. Pétrir la pâte ainsi obtenue et façonner de la manière désirée. Éviter les gâteaux trop mielleux, les décorations narcissiques, ethnocentriques, messianiques. Laisser monter en bouche les saveurs subtiles, les évocations fines, tout est question de dosage. Bref, cuisiner santé…

Alors, l’Afrique se reconstruit sur des routes bordées de sapins. Du bouclier canadien, aux prairies, aux rocheuses, la route transcanadienne est longue. Elle favorise l’émergence des pensées erratiques. Il ne reste plus qu’à les rendre cohérentes.

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Guy Saint-Onge signe un texte « L’envers de l’Or Vert » à lire ici

Retrouvez les articles #ecrireapropos de

Nadine Lamaison, Laurence Labbé, Laure Gombault, Chris Simon, Emmanuelle Pesqué

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# Ecrire à propos de la nature

Il suffit d’imaginer la vie que menaient nos lointains ancêtres, aux temps des différentes humanités, pour réaliser à quel point le monde que nous habitons est artificiel. A mesure que nous nous éloignons de Cro-Magnon, nous transformons l’idée que nous nous faisons de la nature, à tel point qu’aujourd’hui chacun s’en fait une représentation personnelle.

Pour certains auteurs, la nature est un décor, un cadre ; pour d’autres un obstacle, prétexte au dépassement de soi ; pour d’autres encore un espace à conquérir… la liste est longue, sans compter ceux qui ne lui réservent aucune place particulière.

Pour moi, la nature est un personnage à part entière.

C’est ce que j’ai voulu signifier en débutant mon roman Adieu Amériques ainsi :

« Et puis, l’été nous tenait sous sa coupe. »

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#Écrire à propos… du surnaturel

Voilà, le plus dur est fait. Ton roman est ficelé, pesé et prêt pour la livraison. Tout y est : somptueuse couverture, quatrième à tomber à la renverse ; j’te cause même pas du contenu aux oignons grelots, corrigé et recorrigé. Reste plus qu’à…

…trouver son genre et son sous-genre.

Roman, oui, d’accord, mais ensuite ?

Évidemment, si dès le départ, tu t’es fixé comme but de publier un Feel-good, ou une Romance, ou un Polar ; si ton histoire se déroule dans le futur, ou dans un passé daté, voire dans un monde totalement imaginaire, la tâche sera aisée. Idem si tu as créé un espion, ou un vampire, ou si tes primo-lecteurs sont tous morts de rire en lisant ton premier paragraphe. Bref, si avant même de poser les premier mots de ton histoire tu avais déjà décidé de son genre littéraire, le positionnement de ton livre se fera the fingers in the nose. Une simple formalité.

Mais si, au contraire, pour écrire ton histoire, tu es parti de la vie… La vie, mais oui, tu sais bien : le vivant, la substance mystérieuse, la destinée, le hasard, le karma, la Providence, blablabla, ce truc inouï, grouillant, imprévisible, étonnant et par nature hautement improbable, alors là… alors là… Diantre und diabolus !… C’est la grosse panade pour trouver dans quelle rubrique de recherche classer ton nouveau livre.

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