Journal intime d’une obsédée du texte

On compte peu ou prou 10. 000 (oui, dix mille) maisons d’édition en France. « Bien sûr, il y a les « grandes maisons » – 20 éditeurs ont plus de 5 000 titres chacun – et il y a les « petites structures éditoriales » – environ 5 000 éditeurs ont moins de 10 titres chacun » (Syndicat National du Livre).

Et on estime, d’après une étude de 2019 (oui, 2019, avant les confinements) que, je cite, « plus la moitié de la population française aimerait se tourner vers l’écriture ».

No comment.

Il reste cependant ici et là et surtout là-bas, des barjots de l’écriture qui n’écrivent pour rien d’autre que l’ivresse, de doux dingos en quête de la Note Bleue, fervents chevaliers du Graal, chercheurs infatigables… un ou plus justement une de ces fadades, dont nous avons trouvé le journal intime (égaré dans une chambre d’hôtel, comme il se doit pour sacrifier à la mode du scénario moderne). Ce ne sont hélas que quelques bribes, mais nous laissons votre imagination et votre sagacité naturelles combler les manques de ce diario intimo.

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Dante, une histoire de famille…

Comment croyez-vous que se soit passée ma rencontre avec le Prince de la poésie ? En furetant dans la bibliothèque de Papa ? Eh bien, non. Des livres nous n’en avions pas. Mes parents ne lisaient pas, ou à peine. Du journal, mon père ne parcourait que les pages sportives et celles des faits divers, ma mère, celle de la nécro, le reste lui donnait la migraine.
Non, non, aucun furetage dans les rayonnages d’une quelconque bibliothèque familiale.

J’ai connu l’existence de Dante un soir où, goguenard, mon père me regarde m’escrimer avec un bouquin scolaire : « Qu’est-ce que tu cherches à apprendre là-dedans, bourrique ?» me demande-t-il toujours gracieux. « Tu ne sais même pas ce qu’est un livre. » Je proteste pour la forme, car il a par principe le dernier mot : « Tant que tu n’auras pas lu Dante, tu n’auras rien lu. » (Évidemment, mon père ne s’exprimait pas dans ce français… J’adapte, j’adapte).

Voilà, c’était jeté ; ça avait tout du double défi : Je devais découvrir ce Dante pour prétendre devenir une personne cultivée et une véritable italienne en sol français. Je dirais donc que Dante s’est présenté à moi sous couvert d’une affaire de famille.
Le destin n’avait pas permis à mon père de s’instruire. Mais, en Italie, et plus encore à cette époque, il y avait toujours quelqu’un pour vous inoculer le virus du bel canto ou delle belle lettere. Le chant et la poésie sont à Naples des Arts Majeurs. Mon père avait dû entendre déclamer les vers de la Comédie par quelques troubadours de passage. Et quand il dut quitter vite vite son pays, il emporta dans son fragile bagage quelques bribes de gloire. Ces bribes de gloire que sont Michelangelo, Leonardo, Giotto, Verdi… et qu’il m’a transmises ; héritage grâce auquel j’ai réussi à ne pas m’effacer dans le mépris convenu des vrais français.

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Pas bouillir 5/5 « Kaeru -le retour »

Partout où il y a des hommes, le symbolisme rattaché à la grenouille est d’une surprenante richesse. Symbole de la transformation dans presque toutes les traditions, et de la résurrection dans la plupart ; la Grande Grenouille (Mahamandûka) est aussi, en Inde, le support de l’univers et le symbole de la matière obscure-indifférenciée, et, chez les Grecs, de la fécondité.

Au Japon, elle passe, petit Mercure, pour la protectrice des voyageurs. On l’appelle kaeru, qui signifie également « le retour », car il est entendu que même si elle s’éloigne de son lieu d’origine, et même si elle s’égare parfois, la grenouille revient toujours à son lieu d’origine.

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Pas Bouillir (4/5) « Un le Tout »

Il y a une autre manière de vivre dans le monde, une façon différente de celle qui nous est inculquée par la culture, les médias, les réseaux sociaux. Une manière qui ne découle d’aucune philosophie, d’aucune religion, et bien entendu d’aucun avatar de la pensée rationnelle fondatrice de notre civilisation moderne.

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Pas bouillir (3/5) « Se construire dans un monde de ruines »

Ainsi, j’avais découvert deux informations réconfortantes. La première (voir article Pas Bouillir 1) : je n’étais pas un fétu de paille baladé au gré des vents, mais le ferme maillon d’une chaîne nommée Tradition. Seconde information (voir article Pas Bouillir 2) : je n’avais jamais été, contrairement à mes croyances, prisonnière d’un espace-temps insignifiant, mais au contraire résidente d’un espace-temps sacré. Deux révélations, lesquelles, malgré leur caractère magnifique, ne me permettaient toutefois pas de ressentir l’apaisement véritable que j’appelais de mes vœux.

Une question me tourmentait à présent : « Que faire de mon petit moi, de mon misérable ego, de cet amas glauque de croyances, de superstitions et de peurs mélangées ? Que faire de cet individu sans intérêt, avec son pathos, ses complexes à deux balles, ses aspirations dérisoires ? Comment me débarrasser de cette machine à dupliquer des scenarios accablants de banalité, à recracher un savoir de pacotille ? En bref, comment pactiser avec le guignol dégénéré que je retrouvais dans ma peau chaque matin à mon réveil ?

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Pas bouillir 2/5 « Nouvelles brèves du Cosmos »

Je vivais dans une société où l’année commence au 1er janvier et finit le 31 décembre à minuit. Où le temps est celui du calendrier des postes (accessoirement Grégorien), où l’emploi de ce même temps relève de Quo Vadis (l’agenda) et s’articule en périodes ouvrables, dimanches, fériés et vacances ainsi qu’on appelle ces pincées de jours programmées pour que tu reprennes du poil de la bête et alimentes l’impression d’être libre et de t’éclater. Une société où le temps est débité en tranches de la naissance à la mort.

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Pas bouillir (1/5) « Tu appartiens à une lignée »

Je continuerais volontiers et de préférence à me taire s’il n’était pas devenu aussi urgent et impérieux de parler au contraire, de poser sur la table tout ce qui peut et même tout ce qui pourrait engendrer la moindre étincelle nécessaire à l’allumage d’un grand feu purificateur.

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#Ecrire à propos de la double culture (seconde partie)

Double culture veut non seulement dire « double série de représentations du monde », mais également double langue. Et quand on prend en considération qu’une langue est déjà en soi un outil d’abstraction du réel, on comprend à quel point cela rend l’exercice d’écrire plus complexe encore.

J’ai parlé du conflit immanent à toute culture dans la première partie de cet article, essayons maintenant d’envisager l’impact que peuvent avoir deux langues sur une écriture.

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#Ecrire à propos d’une double culture (première partie)

Drôle de formule, j’en conviens. Peut-on écrire à propos d’une double culture ? N’est-ce pas plutôt la double culture qui s’écrit à travers nous ?

Je suis née en France, mais seulement un quart de « sang français » coule dans mes veines, le reste est pour moitié napolitain, pour un quart piémontais. Le quart français restant est cévenol (et avec l’histoire qu’on lui connaît, la Cévennes est une bien drôle de France…). Bref, disons qu’il m’a fallu composer avec le cou roide cévenol et le baroque napolitain. D’une part, le sec, le revêche, l’intransigeant, le rigide, le besogneux ; de l’autre l’extravagant, le baroque, l’halluciné, le volcanique napolitain, et le je-ne-sais-quoi piémontais, car, de ce morceau de famille, il ne fallait jamais faire mention. Silence du « côté napolitain », parce que le Piémont italien, c’est presque la France, donc terre étrangère e chi se ne frega, et silence du « côté français » parce que le Piémont italien est une terre de bouseux méprisables dont on aurait voulu effacer toute trace.

Nous y voilà.

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Vivre dans une société sans cou…

Ah, ah, ah ! Je vous voir arriver… une société sans cou…

J’aurais aussi bien pu intituler ce billet « Vivre dans une société sans con… » ou carrément « sans c… », mais la liste serait alors si longue que ce serait vous inviter à la noyade.

C’est fou à quel point est élevé le nombre des mots de la langue française commençant par c.

C’est donc après les avoir tous épluchés dans mon Robert que j’ai opté pour « cou… », car j’ai trouvé dans la liste un petit trésor.

Alors, allons y en 9 rounds :

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