Critique d’Adieu Amériques par Nadine Lamaison

Publiée sur Babelio, le 12 février 2020

https://www.babelio.com/livres/Viti-Adieu-Ameriques/1195897

L’écriture des femmes est souvent sans compromission. Nous n’irons pas en Amérique mais bien plus loin avec ce roman de Catarina Viti.
Cela commence par : « Et puis.. » et nous cueille en douceur dans la chaleur d’un été. Pour aller là où nous ne savons pas aller, vers une quotidienneté insécure, âcre, petit à petit dérangeante et bientôt cauchemardesque, mais sans ligne droite, sans vision manichéenne, à la manière d’un Jackson Pollock, par couches accumulées et projections sur la toile.
Catarina Viti nous transporte dans un monde allégorique, cruel, où les peaux s’arrachent, un monde où le rejet, l’opprobre, l’enfermement, le manque d’argent nourrissent l’aigreur, la bêtise et la folie.
Ce roman est le décrassage de l’humiliation.
Dans un prisme déformant l’auteur construit une fantasmagorie pour exorciser ce qui ne peut se dire que dans l’outrance ou le gommage.
L’outrance car il est des douleurs que l’on ne peut cracher que dans l’exacerbation : « Mam’ ». le gommage ou l’affadissement, car certaines réalités nécessitent l’absence de mots sous peine de manques insupportables ou d’impossibles cicatrices : « l’Autre ».
Elle, l’enfant, est seule entre ses parents, et côtoyer les autres c’est les effleurer ou se mentir, se tromper, haïr parfois. Sauvage, perdue mais lucide Anna vit recluse dans une suie affective, arrimée à une mère chaos et loin d’un père mutique. Blessée, elle abandonne peu à peu ses mirages.
Catarina, au plus près de sa véracité romanesque, nous donne les clés de la naissance d’Anna en nous faisant part d’une citation de Carson McCullers. Elle en extrait l’essence et a comprimé la vie de cette enfant entre dix et treize ans pour en expurger la désolation jusqu’à la dernière goutte : « Un poids impossible à supporter ».
Au fil des pages l’accent se durcit, devient rauque, appuie sur les déviances, les situations tranchées à la lame de rasoir. L’enfant devient ce coeur « dur et grêlé ». La plume de Catarina est authentique.
Le regard qu’Anna pose autour d’elle est de plus en plus acerbe, ses mots de plus en plus crus, ils sont ceux de la révolte, de sa volonté d’en finir avec ce bourbier complexe, car pétri d’amour et d’espoir. Derrière les faits, les détails, Catarina dissimule les sentiments essentiels et nous n’avons qu’à poser notre oreille pour les écouter.
Il fallait cette démesure, ces distorsions, Catarina, pour dire, malgré les silences et les peurs, la force qui conduit vers « la lumière éblouissante de la vie ».

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